Des livres, du tricot, de la couture et encore des livres... Bienvenue chez moi !

Sur la couverture, elle nous tourne le dos. Les mains croisées derrière elle, la silhouette plus gracile que gracieuse, les cheveux noués par un ruban, un jupon en tulle qui contraste avec le bronze de la statue : quelque chose en elle interpelle, sans qu'on sache bien pourquoi.
Camille Laurens a été fascinée, elle aussi, par La petite danseuse de quatorze ans. Elle est allée rencontrer cette sculpture dans différents musées du monde, elle a vu des œuvres qu'elle avait inspiré, elle a lu sur elle et sur Degas. Et puis elle a écrit.
En commençant ce livre, j'étais persuadée de lire un roman : l'auteur aurait imaginé la vie qu'avait pu avoir le modèle et en aurait fait un roman historique, mêlant coulisses de l'Opéra et vie des impressionnistes.
En réalité, Camille Laurens a fait tout le contraire. Refusant toute fiction, cherchant à être au plus près de la réalité, elle nous fait découvrir le monde des petits rats de l'Opéra de 1880, dans le Palais Garnier qui vient juste d'être construit. Là, les petites filles essaient surtout d'échapper à la misère, dans un destin souvent précaire. Et les riches messieurs s'abonnent à l'Opéra pour y trouver "leur danseuse", avec la complicité de leurs mères.
Elle nous raconte Degas, aussi : que cherche-t-il en représentant cette toute jeune fille ? Et en la réalisant en cire, habillée de vrais vêtements ? Qu'est-ce qui a pu se jouer entre la petite danseuse et l'artiste ? Il y a bien autre chose chez cet artiste que je croyais connaître comme "impressionniste, peintre des danseuses", que je croyais à tort un peu léger ou facile. D'ailleurs, questionnée par ma petite choupinette, j'ai voulu lui expliquer un peu l'impressionnisme, cherché quelques tableaux. Ma miss s'est exclamé : "mais, il était pas impressionniste, Degas ?" De son regard d'enfant, elle avait vu ce que j'avais toujours ignoré et faisait écho au titre d'une exposition doctement commentée par son commissaire. Et moi, je découvrais tout d'un coup une œuvre bien plus riche que je le l'aurais imaginé.
C'est donc un livre qui parle d'art, de l'Opéra, de la société en 1880, de ce que cette sculpture singulière pouvait évoquer en eux, en nous. Et c'est passionnant de bout en bout. Un livre court à lire par petits bouts, à relire peut-être. Et qui donne envie d'aller au musée, d'en apprendre plus et de le partager.
Un livre auquel je ne m'attendais pas et qui est un vrai coup de cœur.
Pour en savoir plus, l'interview de l'auteur sur le site de Stock.