27 mars 2011 7 27 /03 /mars /2011 16:17

Pas mal de chamboulements et réflexions en ce moment, depuis mon retour du salon du livre... Et une question qui revient sans cesse : est-ce que mon "Praxinoscope" pourrait avoir une vie en dehors de ce blog, sous la forme d'un joli livre de papier et d'encre?

Et si c'est le cas, est-ce que le mettre sur le blog lui tue toute chance d'exister? ...

D'un autre côté, moi aussi, j'aime bien mon petit rituel du dimanche, mettre en ligne, attendre les réactions...

 

Quand il y a trop de questions, la meilleure chose à faire, c'est de prendre le temps de laisser (re)poser tout ça, histoire d'y voir clair... Donc je fais une petite pause. Mais pas une pause d'écriture, j'en suis au chapitre 43, là, et je ne vais pas laisser Colin et Emily (sans compter Melville, n'est-ce pas, Pédide?) dans une situation aussi embarassante.

 

Donc voilà, je suis ouverte à vos suggestions, encouragements... Par les commentaires en dessous, par le formulaire de contact (sur le côté), par mail pour ceux qui l'ont déjà. ;)

 

Et de toutes façons, les livres pour enfants, pour adulte, le tricot, tout ça, ça continue ! Et je vais tâcher de mettre un peu d'aquarelle, parce que c'est la portion congrue, là...

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11 mars 2011 5 11 /03 /mars /2011 14:24

Voici déjà quelques temps que ce roman se poursuit au fil des dimanches, un ou deux chapitres... Je suis contente d'avoir parfois des retours, des corrections pointilleuses (n'est-ce pas, Pédide?), des lecteurs tout simplement.

J'ai envie de continuer encore cette histoire avec vous, poursuivre les aventures et mésaventures de Colin, Emily, Melville... En même temps, je me pose des questions : le blog est-il la forme appropriée pour cela? Et c'est là que j'ai besoin des avis de mes lecteurs.

 

Mais tout d'abord, grande nouvelle : j'ai un titre ! Un titre un peu bizarre, comme mon histoire, mais que j'aime bien. Ce titre, c'est...

Praxinoscope

 

Drôle de titre pour une drôle d'histoire, donc, mais c'est ce que j'imagine depuis le début comme couverture pour cette histoire ; à l'occasion, je trouverai peut-être comment expliquer pourquoi?

 

Et maintenant, les questions ou plutôt la question : comment je continue? Un ou deux chapitres par semaine? Ou alors plus de chapitres (mettons cinq) moins souvent (une fois par mois, tous les quinze jours)? J'aime bien le côté "roman feuilleton" et cela me motive bien dans l'écriture. Mais je sais que certains n'aiment pas trop avoir l'histoire de manière hachée et préfèreraient peut-être plus d'un seul coup, quitte à ce que ce soit moins souvent.

 

Et vaut-il mieux poursuivre sur le blog ou bien par une newsletter contenant le ou les chapitre(s) envoyée aux abonnés? Parce que je me demande aussi si c'est possible, arrivé au delà du chapitre 30, de prendre l'histoire en cours de route. Personnellement, je ne sais pas en tant que lectrice si je me lancerais, voyant que c'est long, sans connaître rien de l'histoire... même si j'aimerais bien sûr que de nouveaux lecteurs le fassent.

 

J'en profite d'ailleurs pour attirer votre attention sur l'inscription à la newsletter sur le côté ; vous savez que c'est un de mes petits plaisirs bloggesque, de regarder la liste de mes abonnés et de me dire que si, il y a des gens qui me lisent? ;) Donc si vous vous inscrivez, ça me fera très plaisir - et vous recevrez, au choix, soit des newsletter seules, soit un petit mail à chaque nouvel article.

 

Donc voilà, c'est à vous ! J'attend (avec beaucoup d'impatience) vos réponses dans les commentaires, juste en dessous. Et si c'est juste pour me dire que vous lisez et que vous avez envie de connaître la suite, sans préférence sur le mode de publication, ça me fera extrèmement plaisir aussi !

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22 novembre 2009 7 22 /11 /novembre /2009 16:37

Lorsqu’elle entra dans la chambre, Colin était assis en tailleur sur son lit et tenait un énorme bouquet de fleurs. Quand il la vit, il lui fit un sourire radieux et les lui tendit.

Emily était tellement furieuse qu’elle ne réagit pas. Devait-elle lui envoyer son bouquet à la figure – quoique cela ne paraisse pas très convenable pour un malade à l’hôpital – ou repartir sans un mot ? Elle finit par décider de rester correcte ; ce n’est pas parce que son patron n’avait aucun sens du respect dû à autrui que…

Elle se contenta donc de lui dire d’un ton glacial :

- Je croyais que c’était urgent ?

 

Colin ne sembla pas perturbé le moins du monde par son attitude.

 

- C’était extrêmement urgent. Je voulais vous remercier.

 

Il ajouta au bout d’un instant, l’air soudain moins assuré :

 

- Merci d’être venue si vite.

Ne sachant que répondre, Emily se contenta de prendre de bouquet et de s’asseoir sur le rebord du lit comme Colin l’y invitait. Colin, en face d’elle, la dévisageait avec un sérieux qu’elle ne lui avait encore jamais vu, pas même lors de ses réunions d’affaire. Cette attitude la désarçonnait complètement.

Ce fut lui qui rompit à nouveau le silence.

 

- Les médecins m’ont dit qu’une intervention une minute plus tard aurait été fatale. En d’autres termes, vous m’avez sauvé la vie.

Emily était extrêmement gênée. Regardant son bouquet, elle essaya de lui dire que n’importe qui aurait réagi de la même façon mais elle ne se trouvait pas très convaincante. D’autant plus qu’il ajouta :

 

- Ce qui m’a sauvé, c’est la rapidité de l’intervention et la précision des informations communiquées au téléphone. D’après eux, la personne qui a appelé a une très bonne formation médicale.

Cette fois-ci, Emily jugea préférable de ne rien répondre. Le silence s’installa. Elle avait conscience que Colin attendait des explications sans vouloir les demander explicitement. En un sens, elle lui en était reconnaissante. Elle n’avait jamais réfléchi encore à cette situation. Elle avait toujours trouvé plus simple de ne rien dire, pour être sûre de ne pas trop en dire. Bien sûr, elle se posait la question. Mais elle savait qu’il valait mieux ne faire confiance à personne. Et elle n’avait aucune raison de faire davantage confiance à Colin sous prétexte qu’elle lui avait sauvé la vie.

Elle finit par relever les yeux vers lui. Elle réalisa qu’il était en pyjama et que son pyjama n’était pas écossais et elle fut envahie d’une irrépressible envie de rire. Elle essaya de penser à autre chose mais elle ne put s’empêcher d’imaginer sa réaction si elle lui expliquait que son pyjama aurait dû être écossais et ce fut plus fort qu’elle : elle éclata de rire. Colin la regarda un instant et se mit à rire aussi ; il ne savait pas pourquoi elle riait mais il avait envie de participer, lui aussi.

Quand Emily eut repris son calme, elle fut bien obligée de lui parler du pyjama écossais. Colin lui déclara adorer l’idée de ces réunions pyjamas et lui promit de se procurer un pyjama écossais spécialement pour l’occasion, avec cravate intégrée.

Puis ce fut à nouveau le silence.

Emily réalisa qu’elle ne lui avait même pas demandé de ses nouvelles, ce qui lui sembla indécent étant donné les circonstances. Colin lui répondit :

 

- Les médecins semblent contents de mes progrès. Si tout va bien, je pourrai sortir d’ici quelques jours.

Emily retrouva son sérieux d’un coup. Elle n’avait plus du tout envie de rire. Il fallait qu’elle lui parle. Tout de suite. Mais il se mit à parler juste avant qu’elle se décide.

 

- Je suis convaincu que ce qui m’a fait le plus de bien est la thérapie que nous avons commencée ensemble juste avant l’arrivée des médecins. C’est pourquoi je vous propose de poursuivre.

Emily le regarda sans comprendre.

 

- Allez-y, je vous écoute. Où êtes-vous née ?

Pas ça. Tout mais pas ça.

 

- Ma vie n’a vraiment rien d’intéressant.

-  Ne dites pas cela, je suis sûr que vous avez plein de choses à m’apprendre. Par exemple comment vous avez décidé, après vos études de médecine, de venir vous installer à Paris comme interprète ?

Ca y était. Il le lui avait demandé. Bien sûr, cela semblait inévitable, mais elle avait espéré malgré tout. Maintenant, il allait falloir trouver quelque chose. Elle détestait le mensonge plus que tout, mais que pouvait-elle faire ? Elle opta pour un compromis.

 

- Très bien. Je n’ai pas fait d’études de médecine. J’ai une formation d’infirmière.

Colin restait silencieux et l’écoutait toujours. Emily hésita puis préféra anticiper la question suivante.

 

- Mon père était très malade. Je l’ai soigné jusqu’à la fin. Quand il n’a plus été là, j’ai décidé de changer de vie.

Ce fut au tour de Colin d’être gêné. Il se contenta donc de répondre une banalité :

 

- Je suis désolé.

Emily lui sourit. Il avait l’air sincère. 

 

- Ecoutez, je vous assure que ma vie n’a aucune importance, ce qui est important, c’est que…

Le bruit de la porte les interrompit. Quelqu’un venait d’entrer. Ils relevèrent la tête. C’était Mélina.

Celle-ci s’excusa et se retira précipitament :

 

- Je ne savais pas que vous étiez occupés. Je vous prie de bien vouloir m’excuser.

Colin la retint.

 

- Attendez Mélina, ce n’est pas du tout ce que vous croyez.

Puis, se tournant vers Emily :

 

- Emily, pouvez-vous vous lever, s’il vous plaît ?

Emily s’exécuta sans comprendre.

 

- Considérez la tenue de cette demoiselle. Est-ce que cela a l’air d’un rendez-vous galant ? Ne soyez donc pas gênée et laissez-nous travailler, à présent.

Mélina se retourna, le visage toujours impassible, sans qu’il soit possible de savoir si les explications de Colin avaient eu un quelconque effet sur elle. Emily, par contre, était furieuse. Colin aurait voulu dire qu’elle était tout de même suffisamment moche pour qu’on ne puisse pas le soupçonner d’être amoureux d’elle, il ne s’y serait pas pris différemment. Et dire qu’elle l’avait trouvé sympathique ! Peu importe, elle avait quelque chose à faire, elle le ferait jusqu’au bout et il se débrouillerait avec toutes ses histoires !

Colin ne s’était aperçu de rien et se contenta de lui dire :

 

- Vous aviez quelque chose d’important à me dire ?

Emily respira profondément et lui demanda :

 

- Les médecins ? Qu’est-ce qu’ils vous ont dit sur les raisons de votre… elle chercha ses mots. Hospitalisation ?

 

- Je ne sais pas, c’était technique. J’ai des analyses à faire, je crois qu’ils pensent à un problème cardiaque. Pourquoi ?

Tout ce qu’Emily craignait. Elle allait être obligée de le faire. Et bien sûr, elle y serait mêlée encore plus.

 

- Ce n’est pas un problème cardiaque. C’est un empoisonnement.

Colin la regardait sans comprendre. Emily insista.

 

- Croyez-moi. Je m’étais spécialisée dans la toxicologie. C’est un empoisonnement. Quelqu’un a voulu vous assassiner.

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19 novembre 2009 4 19 /11 /novembre /2009 15:15

Emily essayait de se concentrer sur ce qu’elle était en train de faire. Aujourd’hui, pour une fois, l’aménagement de son appartement ne suffisait pas à lui vider la tête. Elle aurait bien aimé pouvoir se demander si pastis – quel drôle de nom pour une nuance de jaune – ne ferait pas un peu trop jaune dans son séjour, dont les murs étaient déjà peints en jaune – Dieu merci, elle avait oublié la nuance exacte. Cette question l’aurait passionné il y a une semaine encore.

D’ailleurs, c’est ce qui l’avait occupée toute la soirée à son retour du magasin de bricolage. Fallait-il retourner au magasin de bricolage pour l’échanger ? Et si oui, contre quelle couleur ? Valait-il mieux trancher ou alors jouer sur des camaïeux ? Elle aimait se poser ce genre de question, parce que cela voulait dire qu’elle était libre de choisir. Elle était libre de choisir et personne d’autre. Finalement, elle avait conclu qu’on n’avait jamais trop de soleil dans une maison et que tout ce jaune la mettrait de bonne humeur le matin et elle n’avait pas échangé le pot. Mais tout ça, c’était avant.

Elle regarda un instant par la fenêtre. Elle aimait la vue de son appartement. Il était tout petit – en tout et pour tout le séjour avec un coin cuisine, une minuscule chambre avec à peine la place pour un lit et une micro salle de bain – mais la vue sur Paris était splendide. Tous ces toits avec leurs cheminées, cela lui rappelait invariablement Mary Poppins. Elle trouvait cela follement gai. Et puis, on avait un si belle vue sur la Tour Eiffel en se penchant depuis la fenêtre de la salle de bains ! Bien sûr, ce n’était pas précisément le genre de vue qu’elle ferait admirer à ses visiteurs mais cela n’avait pas la moindre importance puisqu’elle n’avait aucun visiteur. Et c’était très bien comme ça.

En vérité, Emily ne pensait plus qu’aux événements de la semaine dernière. D’autant plus qu’elle était au chômage depuis une semaine, son patron étant à l’hôpital, peut-être encore dans un état critique – comment savoir ? – et qu’elle était employée à la journée. Bien sûr, elle ne pouvait pas s’empêcher de se faire un peu de souci – elle était bien obligée de se sentir concernée, elle s’était retrouvée impliquée de près, après tout – mais surtout, elle savait. Elle se demandait si, lui, il avait compris. A condition qu’il ait repris connaissance, bien sûr. Et, sinon, si quelqu’un avait compris.

Dans ce cas, il fallait qu’elle fasse quelque chose. Mais quoi ? En parler, mais à qui ? Elle savait bien qu’il était hors de question d’aller voir la police pour faire une déposition. Impossible. Et elle ne connaissait pas suffisamment son entourage pour savoir à qui faire confiance. Aller le voir à l’hôpital ? Elle ne savait même pas s’il avait repris conscience et, même si elle avait été impliquée de près, elle n’allait tout de même pas le veiller à son chevet jour et nuit en attendant qu’il se réveille ! Sans compter que, même réveillé, il ne serait sans doute pas près à l’entendre.

Emily se ressaisit et plongea son pinceau dans le pot de peinture pastis. Ce que comptait aujourd’hui, c’était de finir la deuxième couche de ce meuble. Après tout, c’était pour ça qu’elle était retournée acheter un pot ce matin, qu’elle avait mis sa « salopette spécial bricolage » - celle qui ne pouvait pas être pire – et qu’elle passait son après-midi avec des planches en travers de son appartement dans le seul endroit qu’elle avait pu dégager pour le faire, sans oublier de le recouvrir consciencieusement de papier journal. Elle se remit donc à peindre avec application.

C’est à ce moment que le téléphone sonna. Le temps de réaliser que c’était vraiment chez elle, de poser le pinceau dans un endroit où il ne pourrait pas faire de dégâts, de retrouver l’emplacement de son téléphone portable et d’y accéder en enjambant les planches, la communication avait déjà basculé sur le répondeur. Ne pouvant plus la récupérer, elle attendit de recevoir le SMS de confirmation – « Vous avez 1 message » ! tiens donc ! – pour consulter sa messagerie. Le numéro appelant ne lui disait rien. Elle fut surprise d’entendre la voix de Mélina.

Le message était très court. Colin avait repris connaissance. Il voulait lui parler. C’était urgent, elle devait venir toutes affaires cessantes.

Urgent. Emily sentit son sang se glacer d’un coup. Le message ne disait rien de l’état de Colin. Si elle avait deviné juste – et elle savait qu’elle avait deviné juste – elle n’avait pas un instant à perdre. Elle risquait même d’arriver trop tard.

Elle attrapa sa veste, son sac et se précipita hors de l’appartement.

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11 novembre 2009 3 11 /11 /novembre /2009 21:05

Colin se réveilla à l’hôpital. Il cligna plusieurs fois des yeux mais rien ne bougeait. Le lit était toujours en fer, le mobilier simplement composé d’un fauteuil à côté du lit et d’une tablette à roulette et une perfusion était toujours accrochée à son bras.

Il essaya de réfléchir. La dernière chose dont il se souvenait, c’était d’être en train de raconter son enfance à Emily. Ou son adolescence ? Et, au fait, pourquoi racontait-il tout ça à quelqu’un qu’il connaissait à peine ? C’est vrai, elle lui avait posé des questions. Mais tout de même… A bien y réfléchir, ce n’était pourtant pas désagréable. Comme un trop plein qui se déversait d’un coup. Il avait peut-être besoin d’une psychothérapie ? Ou alors, seulement l’envie de parler ? En tous cas, il s’était endormi paisiblement, il lui semblait bien. Pourtant, c’était le matin lorsqu’elle était venue dans sa chambre. Pourquoi au fait ?

Tout était trop confus dans sa tête. Colin préférait ne pas y penser. Il referma les yeux et sombra presque aussitôt dans l’inconscience.

 

Quand il se réveilla à nouveau, Mélina était en face de lui. Elle semblait inquiète ou préoccupée. Colin se demanda pourquoi, et puis il réalisa qu’il était dans une chambre d’hôpital et que ce n’était peut-être pas si surprenant que ça tout compte fait que les gens autour de lui aient l’air inquiets. Il y réfléchirait plus tard.

Mélina lui demanda comment il se sentait. Colin ne lui répondit pas. La vérité, c’est qu’il n’en savait rien. Il ne savait même pas dire s’il se sentait bien ou mal. Sa tête était vide de mots.

Il se retourna et se rendormit.

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30 octobre 2009 5 30 /10 /octobre /2009 10:36

La journée du lendemain ne commença pas bien. Colin se réveilla avec un mal de tête qui n'avait rien à voir avec le champagne qu'il avait bu la veille. D'ailleurs, le champagne ne donne pas mal à la tête, c'est bien connu, plaisanta-t-il. Mais ses plaisanteries ne l'aidaient pas beaucoup ce matin. Comme chaque matin depuis bientôt une semaine, une violente nausée s'ajoutait au mal de tête. Bien sûr, il aurait dû consulter un médecin mais il reculait devant les complications engendrées. Et puis, si les "symptômes" se manifestaient quelques minutes après s'être levé, ils disparaissaient spontanément au cours de la matinée. De l'hypoglycémie, peut-être? Ou un problème de tension? Tout cela était absurde. Il n'était jamais malade ! Cela allait passer tout seul, comme les autres jours.

Ce matin, pourtant, c'était pire. La sensation de nausée empira et il dut se précipiter dans la salle de bains pour vomir. Curieusement, cela ne lui fit aucun bien. Il était glacé et pourtant couvert de sueur. Il se força à boire un peu d'eau - l'eau était bien potable dans ce pays? - et se concentra sur son nœud de cravate.

 

Emily s'impatientait. Son turbulent patron était en retard et ça, ça ne lui ressemblait absolument pas. Ils avaient rendez-vous pour un "petit déjeuner de travail" avec d'importants clients français. Le concept de "petit déjeuner de travail" la laissait perplexe : il y avait donc des gens qui étaient pris à chaque déjeuner et dîner, au point de commencer à travailler dès le café du matin? Qu'allaient-ils pouvoir inventer de plus? Les rendez-vous pendant les transports? "Mon taxi partira à 7h pile, rendez-vous à l'angle des Champs et de l'Avenue Montaigne. Comment ça, on ne peut pas se stationner?" Ou mieux : "Rendez-vous dans le RER A de 7h34 à Auber, direction La Défense. Vous avez jusqu'à Nanterre-Préfecture avant mon prochain rendez-vous." Ou mieux encore : les rendez-vous pyjama de travail. Dans la continuité des soirées de votre enfance ! Emily imaginait tout à fait son patron dans un élégant pyjama écossais - puisqu'il était écossais lui-même, pourquoi pas son pyjama? - et ses invités en charentaises...

Emily poussa un soupir d'exaspération et regarda une nouvelle fois sa montre. Plus d'un quart d'heure de retard ! Tant pis, il l'interpréterait comme il le voudrait, elle montait le chercher dans sa chambre ! Elle n'allait quand même pas passer sa matinée à l'attendre ! À moins qu'il ne le fasse exprès, justement? Il en était bien capable... De toutes façons, il fallait qu'elle fasse quelque chose, sinon elle allait exploser.

Elle appuya rageusement sur le bouton d'appel de l'ascenseur.

 

Colin fut surpris de voir apparaître un visage dans l'embrasure de la porte. Et encore bien plus surpris de reconnaître Emily, l'interprète. Il était donc si en retard que ça? Un regard à la pendulette de la chambre le fit sursauter. C'était la première fois que ses "malaises matinaux" - puisqu'il fallait bien leur donner un nom - avaient une incidence sur le reste de sa vie. Mais pas question de se laisser gagner par l'inquiétude ! Tout ça allait bientôt passer, comme toujours.

Pour se donner une contenance, il lança à Emily :

- Vous avez l'air soucieux. Vous voyez, vous commencez à vous intéresser à moi !

Emily répondit du tac au tac :

- Sûrement pas dans le sens où vous l'entendez ! C'est plutôt pour votre cravate que je me fais du souci. Je n'ai jamais vu un nœud aussi...

Cherchant un terme pour qualifier le cheminement improbable de sa cravate autour de son cou, elle s'avança dans la chambre. Elle s'interrompit en apercevant la valise ouverte sur le lit.

- Depuis combien de temps n'avez-vous pas défait cette valise? Vous avez des souvenirs de Rome, Tokyo... Vous allez encore mal l'interpréter mais il serait temps que vous ayez une femme dans votre vie pour qu'elle vous fasse perdre ces habitudes de célibataire !

Elle releva les yeux vers lui et son visage changea radicalement d'expression. Elle lui saisit brutalement le poignet tout en regardant rapidement autour de lui et lui ordonna :

- Allongez-vous, tout de suite !

Perplexe, Colin ne sut que lui répondre :

- J'ai connu des filles directes, mais vous...

Devant la dureté de son regard, il obtempéra.

- Et je vous interdit de fermer les yeux !

Colin l'entendit téléphoner en français. Elle employait un vocabulaire technique qu'il ne comprenait pas et faisait preuve d'une autorité qu'il n'avait jamais soupçonné. Quand elle raccrocha le téléphone, une douce torpeur l'envahissait. C'était tellement agréable de s'y abandonner...

- Ne fermez pas les yeux !

Il revint tout à coup à lui. Emily lui tenait le poignet et le regardait intensément.

- Votre nom? lui demanda-t-elle.

- C'est idiot, parvint-il à marmonner. Vous savez bien comment...

- Votre nom? insista-t-elle.

Colin renonça à comprendre -il avait trop mal à la tête pour ça - et répondit de manière automatique :

- Colin Wallace.

- Votre date de naissance?

- 18/06/73.

- Lieu de naissance?

- Aberdeen, en Écosse.

Il se sentit obligé d'ajouter :

- Dans la maison familiale. Tous les premiers nés Wallace naissent toujours dans la maison familiale. J'y ai vécu jusqu'à l'âge de 11 ans.

- Où êtes-vous allés à l'école? demanda Emily, mais sa voix s'était adoucie malgré elle.

- Je ne suis pas allé à l'école. Un maître venait m'enseigner. Mes parents trouvaient cela plus convenable. Bien sûr, j'étais assez seul, je ne fréquentais que des adultes, je n'avais pas vraiment d'ami. Ça a été un choc quand je suis arrivé en pension. Il m'a fallu m'adapter, personne n'était comme moi...

Colin ne pouvait plus s'arrêter de parler, à présent. Comme si tout ce qui était au fond de lui remontait d'un coup à la surface. En même temps, il avait l'impression, pas désagréable, que son esprit se détachait doucement de son corps... Avec juste ce discours comme un fil entre les deux. De plus en plus tendu... Mais il fallait encore qu'il lui dise...

Le SAMU entra à ce moment-là et l'ambulance partit sirènes hurlante vers les urgences. À son bord, Colin ne pouvait déjà plus parler du tout.

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30 octobre 2009 5 30 /10 /octobre /2009 10:34

Colin donna le signal et les invités commencèrent à sortir sur la terrasse. Le temps s'étant maintenu au beau, rien ne s'opposait à poursuivre à l'extérieur. Un discours devrait annoncer la deuxième partie de la soirée, animée par un orchestre. Après ce discours, Colin considérait qu'il aurait bien gagné le droit de profiter de la soirée lui aussi, en délaissant un peu ses contacts les plus importants pour une compagnie plus agréable.

 

En quelques secondes, il se retrouva seul dans la salle. Curieusement, cela ne l'étonna pas outre mesure, pas plus que d'être soudain vêtu d'un frac. Ce qui l'étonna, ce fut de ne pas avoir remarqué que la salle comportait quatre portes battantes orientés vers les quatre points cardinaux, et que ces quatre portes soient fermées.

 

Deux des portes semblaient verrouillées, mais la troisième s'ouvrit largement sous sa poussée. De l'autre côté, les invités, tous en frac également, poursuivaient leurs conversations qui se mêlaient en un brouhaha confus. Au lieu de sortir se joindre à eux, Colin tenta d'ouvrir la quatrième porte. Elle se bloqua presque tout de suite laissant à peine le passage qui lui aurait permis de se faufiler entre les battants. De l'autre côté, il pouvait apercevoir deux femmes qui se tournaient le dos. La première, grande, brune, très élégante, absorbée dans une conversation passionnée, c'était Mélina, son assistante. La seconde, blonde, plutôt discrète, c'était l'interprète francophone. Comment s'appelait-elle au fait? Emily, il lui semblait bien.

 

Colin entendit une voix derrière lui.

 

- Fascinant, n'est-ce pas, l'étendue des possibilités qui s'offrent à un homme.

 

Colin se retourna. L'inconnu était plutôt grand, vêtu d'un frac lui aussi, et portait une barbe grise parfaitement coupée. Il ajouta :

- Quand je dis un homme, bien sûr, c'est une manière de parler, c'est vrai pour une femme également.

 

Colin ne lui demanda pas qui il était, ni comment il était entré puisqu'il n'était passé par aucune des portes. En fait, il était tellement surpris qu'il ne lui demanda rien du tout.

 

Pourtant, l'inconnu s'adressa à nouveau à lui :

- Vous vous posez des questions, n'est-ce pas?

 

Incapable de dire un mot, Colin hocha la tête.

 

- Allez-y, je vous écoute, ajouta-t-il, et Colin eut l'impression de le voir faire un clin d'œil.

 

Colin réfléchit un instant et finit par dire :

- Tout cela est un peu confus pour moi. Évidemment, cela semble avoir un rapport avec ce bâtiment, cette salle avec ces quatre portes...

 

Conscient de ne rien avoir expliqué mais ne sachant pas comment continuer, Colin se contenta de désigner la salle autour de lui. L'inconnu sembla comprendre et adressa un large sourire à Colin.

 

- Pour cela, il vous faudrait l'aide de quelqu'un qui connaisse tout de cette Tour, qui ait en quelque sorte suivi son évolution depuis le début... Eh bien vous avez de la chance : c'est moi qui l'ait conçue !

 

Colin regarda à nouveau l'inconnu. Bien sûr ! Gustave Eiffel ! Comment ne l'avait-il pas reconnu alors qu'il avait eu son portrait sous les yeux toute la soirée? D'ailleurs, sa présence ne surprenait pas Colin ; il devait tenir à suivre de près tout ce qui se passait sur sa tour.

 

Colin avait à peine eu le temps de se faire ces réflexions que Gustave Eiffel expliquait déjà :

- Voyez-vous, bien que ce bâtiment soit parfaitement dépourvu de signification religieuse, ce qui est parfaitement logique quand on sait dans quel contexte il a été conçu... - devant le regard suppliant de Colin, Eiffel renonça à expliquer ces circonstances - ce bâtiment, donc, est riche de toute une symbolique.

Cette salle en est en quelque sorte le cœur. Chacune de ses portes représente un aspect de la vie d'un homme.

Là encore, il sembla vouloir ajouter quelque chose mais se ravisa.

 

- La première porte que vous avez ouverte représente les affaires, le commerce, la réussite sociale. Étant donné qu'elle s'est ouverte en grand, j'en conclus soit que vous menez une brillante carrière, soit que vous vous apprêtez à le faire.

 

Colin ne put qu'acquiescer.

 

- La deuxième porte me semble plus importante : elle représente l'amour. Dans ce domaine, une réelle possibilité existe mais attention ! Vous risquez de commettre des erreurs qui la compromettraient à jamais.

 

Intrigué, Colin se tourna vers cette porte. Elle était grand ouverte à présent et les invités étaient en train de sortir. D'ailleurs, la salle ne comportait plus quatre larges portes battantes mais une porte principale, une petite porte de service et de grandes baies vitrées donnant sur Paris. À côté de lui, Mélina lui rappelait que son discours aurait lieu dans quelques minutes.

 

Colin resta un moment désorienté. Il cligna plusieurs fois des yeux pour s'assurer que tout cela était bien réel mais ce qui l'entourait restait inchangé.

 

Sa première pensée fut qu'il ne saurait sans doute jamais ce que représentaient les deux dernières portes.

 

Puis il eut envie d'éclater de rire. S'il racontait à n'importe lequel de ces invités qu'il venait de parler avec Gustave Eiffel, il était bon pour l'asile. "Et de quoi avez-vous parlé? De la symbolique de sa Tour, bien entendu !" Colin sourit rien que de l'imaginer.

 

Pourtant, il ne pouvait s'empêcher d'être mal à l'aise. Tout cela avait semblé si réel... Était-il possible de rêver debout au milieu d'une salle, sans que personne ne s'aperçoive de rien? De toutes façons, ce rêve était tellement ridicule qu'il ne pourrait le raconter à personne. Et puis, il fallait qu'il reprenne ses esprits et qu'il fasse son discours.

 

Quand Colin prit la parole, il fut brillant comme à son habitude et personne ne s'aperçut de rien. Mais il ne profita pas de la soirée comme il l'avait espéré. Quand il rentra à sa chambre d'hôtel, ce sentiment de malaise ne s'était pas dissipé.

 

Chapitre suivant ->

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25 octobre 2009 7 25 /10 /octobre /2009 14:32

La réception était une réussite.

 

Colin était assez fier de lui. Après tout, Paris, c'était son idée. Rien de tel pour débuter ce voyage d'affaire. Et, bien sûr, qui dit Paris dit Tour Eiffel. Quand il avait appris que le premier étage de la Tour abritait un restaurant, il avait su que ce serait là et pas ailleurs. Ses correspondants européens avaient été favorablement impressionnés par ce coup d'éclat et il avait déjà noué des contacts dont il espérait le plus grand bien. En tous cas, le fait qu'ils se soient déplacés en personne était déjà une belle réussite.

 

Et puis, il faut bien l'avouer, il était aussi plutôt impatient de découvrir la ville. Quelle honte que son travail de jeune PDG, certes prenant, ne lui ait jamais permis de découvrir la ville lumière ! A quoi cela servait-il d'être son propre maître? Dieu merci, cette lacune allait être comblée. C'est dire s'il attendait beaucoup des quelques moments de liberté ménagés dans son emploi du temps de ces prochains jours. D'autant plus que son interprète francophone était tout à fait charmante, quoique malheureusement encore insensible à son charme. Mais cela ne l'inquiétait pas outre mesure. Sur ce genre de sujets, l'expérience lui avait appris à ne pas désespérer.

 

Il l'aperçut de l'autre côté de la salle, décidément ravissante dans sa robe noire toute simple, et lui adressa son plus franc sourire.

 

Emily lui rendit un sourire poli et s'éclipsa derrière un groupe de convives.

 

Un tel déploiement de luxe la fascinait. Elle ne regrettait pas d'être venue à cette fête. C'était le genre de chose à voir une fois dans sa vie. Tout était orchestré à la perfection, jusque dans les moindres détails. Les serveurs, parfaitement stylés. Le champagne, délicieux, parfait pour autant qu'elle puisse en juger. Le documentaire sur la construction de la Tour Eiffel projeté au fond de la salle. En plus du côté sociologique indéniable de cette soirée - et, pour cela, son boulot d'interprète la mettait aux premières loges - elle pouvait même parfaire sa culture générale. Non, elle ne regrettait pas d'être venue.

 

Quand au maître des lieux... Elle préférait ne pas y penser. Disons que c'est le genre de personne qui a tellement de défauts qu'il finit par en devenir sympathique. Elle qui le voyait dans son travail, en rendez-vous délicat ou lors de grandes réunions, elle ne pouvait qu'admirer son audace et son intelligence. Mais si seulement il pouvait arrêter de se croire irrésistible !

 

Enfin ! Elle préférait ne plus y penser. Tant qu'elle n'était pas sollicitée pour des négociations de haute voltige, autant profiter au mieux de la soirée.

 

Elle s'approcha de la vitre du restaurant, sa coupe de champagne à la main. Au fond, c'est comme ça qu'elle s'était toujours sentie le mieux, au milieu des autres et pourtant à l'écart. Elle se laissa absorber par la contemplation de la vue sur Paris. Elle se sentit merveilleusement seule, seule face à l'immensité de la vue. Les monuments illuminés ressortaient au milieu des autres bâtiments. Notre Dame, le Sacré Cœur. Mais aussi des bâtiments moins remarquables, comme l'Église Américaine. Elle aimait cette ville. Depuis qu'elle s'y était installée, elle passait ses moments libres à arpenter la ville, et le hasard des ces déambulations lui faisait parfois découvrir de vraies merveilles. Quand elle n'était pas occupée à aménager son appartement, bien sûr. Il y avait encore beaucoup à faire, évidemment - "un merveilleux espace à créer" d'après l'agent immobilier - et elle n'était pas vraiment bricoleuse, mais ça n'avait aucune importance. Ici, elle se sentait bien. Elle avait l'impression de construire quelque chose. À tous les sens du terme, d'ailleurs !

 

Elle ne savait pas si c'était ça, le bonheur, mais en tous cas, ça y ressemblait. Ou du moins assez pour elle, et c'était déjà bien suffisant.

 

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25 octobre 2009 7 25 /10 /octobre /2009 14:19

Emily regarda une dernière fois autour d'elle. Sa chambre n'avait pas changé. Tout avait l'air comme d'habitude. Même elle, finalement, était comme d'habitude. Elle ne ressentait ni excitation, ni appréhension. Des mois, des années pour prendre cette décision et là, au moment de partir, elle ne ressentait rien de particulier. Elle avait fait son sac, comme des centaines de fois, comme si elle allait revenir. Sauf que cette fois-ci, elle ne reviendrait pas.

 

Elle jeta un regard vers la commode. Est-ce qu'elle avait oublié quelque chose? C'était possible, vu la manière dont on prenait plaisir à dissimuler ses affaires. Mais cela n'avait plus d'importance à présent.


Emily emportait très peu de choses, finalement. Quelques vêtements, des affaires de toilette, un peu d'argent bien sûr. Pas de photo, aucun souvenir. C'était une nouvelle vie qui commençait, finalement.

 

Çà semblait tellement convenu comme expression. Dans combien de ces romans idiots qu'elle lisait en cachette - parce qu'enfin, il faut bien trouver de l'espoir quelque part - est-ce qu'elle a pu trouver cette expression? Pourtant, c'est bien l'expression qui convient. Une nouvelle vie. Sa vie. Et pas le destin qu'on lui a choisi.


Elle ne sait pas quelle sera cette vie. Elle ne sait pas si, comme on dit, ce sera une réussite. Elle sait juste que, quoiqu'il arrive, à présent elle est libre. Et c'est tout ce qui compte.

 

A ce moment précis, oui, elle éprouve quelque chose. De la fierté. Et aussi de la détermination. Peut-être, juste de la liberté.

 

Elle saisit fermement son sac et elle partit.

 

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25 octobre 2009 7 25 /10 /octobre /2009 14:16
Vous trouverez ici une histoire que j'écris juste pour le plaisir, sans prétention... une histoire qui n'a pas encore de titre... j'espère que vous aurez plaisir à la lire. J'ajouterai des chapitres au fur et à mesure, je mets déjà les premiers pour commencer! N'hésitez pas à laisser des commentaires. ;)

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