7 janvier 2018 7 07 /01 /janvier /2018 20:46

C'est un livre merveilleux. Fantastique.

Voilà, vous savez tout.

Bon, je vais  peut-être vous en dire un peu plus, quand même ?

Les fiancés de l'hiver - Christelle Dabos

Depuis le temps que j'entends parler de ce livre... Depuis sa sortie, puis au fil des sorties des tomes suivants. Sur les blogs, où il figurait dans les coups de cœur de mes blogueuses préférées. Sur Babelio, où il figure dans les sélections "votre plus belle découverte grâce à Babelio" et "Fantasy : votre livre préféré". A la librairie, où un petit carton sur la couverture indiquait un coup de cœur du libraire. Au barbecue avec des collègues de mon mari, où une fan de lecture m'a expliqué que "si j'aimais lire, il fallait absolument que je lise ce livre". A la bibliothèque, où l'une de mes collègues me disait "je viens de lire un livre super bien écrit, vraiment original, je ne sais pas si tu connais, c'est La passe-miroir de Christelle Dabos."

Oh que oui, je connaissais, ça faisait six mois que je l'avais réservé et que je l'attendais. Et là, les trois tomes sont arrivés d'un coup, je suis partie avec le tome 1 sous le bras (tout usé, et déjà réparé, d'avoir été tant lu) et bien trop peu de temps à consacrer à la lecture.

Nouveaux échos de ma collègue : elle avait lu les deux tomes suivants et vraiment, il y avait un défaut... le quatrième tome n'était pas encore sorti.

A ce moment-là, je savais que c'était un roman jeunesse, de fantasy, que la couverture était hyper jolie et que l'héroïne était une fille... et c'est à peu près tout. J'aime bien garder la surprise quand j'entre dans un livre et j'avais "esquivé" tout ce qui concernait l'intrigue.

Je me suis enfin plongée dedans pendant les vacances et... tout ce qu'on m'a dit de ce livre est vrai. Que l'univers est riche, à la fois cohérent et hyper original. Que c'est très bien écrit. Que les personnages sont attachants et complexes. Qu'il réussit à ne pas être simpliste tout en restant résolument dans un univers jeunesse - et donc à s'adresser aussi bien aux jeunes ados qu'aux adultes. Qu'il est impossible de décrocher quand on est entré dedans. Qu'on ne croirait jamais qu'il est aussi gros quand on arrive (trop vite) à la fin.

Les fiancés de l'hiver - Christelle Dabos

Vous voulez connaître l'histoire, vraiment ?

Je peux vous raconter comme je l'ai fait à ma miss. "Ça se passe dans un monde imaginaire, où les gens ont des pouvoirs magiques. L'héroïne, Ophélie, est une jeune femme effacée et maladroite mais elle possède deux talents rares. Elle peut lire comme personne les objets en les touchant et découvrir des choses sur leurs propriétaires. Et elle peut traverser les miroirs pour se rendre d'un endroit à un autre. Un jour, on lui annonce que celles qui dirigent son monde ont décidé qu'elle épouserait un homme dont on ne lui dit pas le nom et avec qui elle doit partir vivre au Pôle, une région dont tout le monde parle avec effroi..."

Notre petite Ophélie, avec son écharpe et ses lunettes, va faire preuve d'une volonté et d'un courage que personne ne lui soupçonne. Et découvrir un monde plus lisse mais plus dangereux qu'elle ne l'aurait imaginé. Et ce serait tellement tellement dommage que vous ne découvriez pas par vous même ce monde extraordinaire et ces personnages merveilleux...

Donc chhhhhut... Cette fois, je n'en dirai pas plus...

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26 décembre 2017 2 26 /12 /décembre /2017 16:01

Début du XIème siècle. Les moines noirs, les bénédictins, sont installés au mont. Leur grand projet est d'élever un sanctuaire digne de l'ange, au sommet de la montagne, à la place de l'ancienne église carolingienne. Frère Roman, jeune moine qui a suivi l'enseignement du plus grand maître d'œuvre de son temps, doit diriger le chantier.

Début du XXIème siècle. Johanna, jeune archéologue qui ne vit que pour les vieilles pierres, fait des fouilles à l'abbaye de Cluny quand son amant l'emmène en week-end à Saint Michel.

Deux histoires qui commencent en parallèle et dont on comprend instantanément qu'elles sont liées et que l'une va rejoindre l'autre, inexorablement, tandis que de sombres secrets sont révélés...

La promesse de l'ange, c'est LE roman du Mont Saint Michel. Sa figure est présente partout. L'histoire nous plonge dans sa construction, incroyable exploit de bâtisseurs, et comme dans la vie d'aujourd'hui sur le rocher, où se archéologues, conservateurs, moniales et natifs, et où passent, en masse, les touristes. Mais, au delà de l'époque des deux récits, c'est toute l'histoire du mont que nous traversons : les anciennes légendes celtes toujours présentes, le conflit entre normands (vikings) et bretons, les destructions par les révolutionnaires, les bombardements de la guerre... Un roman infiniment érudit, riche en rebondissements, parfois un peu difficile à suivre en version audio (eh oui, en version papier, on peut revenir quelques pages en arrière... en audio aussi, d'ailleurs, et je l'ai fait plusieurs fois !).

Tous les ingrédients étaient réunis et je m'y suis laissée prendre avec bonheur, l'esprit hanté par le Mont Saint Michel. Et puis, vers le milieu du livre, je ne sais pas ce qui s'est passé, quelque chose n'a pas fonctionné. Je me suis soudain retrouvée en dehors de l'histoire, ne comprenant plus pourquoi la quête de Johanna était si essentielle, la regardant chercher au lieu de chercher avec elle. J'ai continué jusqu'à la fin, parce que j'avais tout de même envie de savoir, mais sans retrouver le charme du début.

Ce n'était pas à cause la version audio, pourtant - la voix de Caroline Breton ne m'a peut-être pas autant séduite que celle de Bernard Métraux mais son interprétation est plus que correcte.

Le fait d'avoir deviné certaines révélations de l'histoire très à l'avance ? Dans les romans de Camilla Läckberg, ça me le fait presque à chaque fois et je les écoute pourtant avec plaisir.

Le personnage de Johanna, auquel je n'ai pas vraiment réussi à m'attacher ? Même pas sûr...

Force est de reconnaître que c'est un bon thriller historique (primé, d'ailleurs). Alors quoi ? Mystère...

En fait, il m'était arrivé la même chose avec Les royaumes du nord - là, il y avait d'autres choses qui m'avaient déplu - et vous me direz que La promesse de l'ange est donc plutôt en bonne compagnie ! Que dire, à part que des fois, ça arrive ? Et que je suis malgré tout très contente d'avoir découvert ce titre, qui m'a fait voyager à travers les époques et le Mont Saint Michel, même si je me suis brouillée en cours de route avec son héroïne (!).

J'ai eu la chance de découvrir ce livre dans le cadre d'un partenariat avec Audible (où j'achète mes livres audio depuis... je préfère ne pas compter combien d'années, 10 ans ? 11 ans ?). Comme d'habitude, je donne mon avis comme si je l'avais acheté - là, au moins, ça vous permet de voir que ce n'est pas le coup de cœur à chaque fois, parce que les précédents étaient un peu tiercé gagnant il faut dire. ;) Et là, je suis en pleine écoute de Outlander et... c'est juste du bonheur à écouter ! :P

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13 décembre 2017 3 13 /12 /décembre /2017 12:30

Vous avez déjà lu un livre "juste" parce qu'il avait eu le Goncourt ?

Cela ne m'était jamais arrivé et n'avait pas plus de raison de se produire en 2017 que les autres années mais, juste après la remise du Goncourt, deux choses sont arrivées simultanément.

On a vu paraître tout un tas d'articles élogieux dans la presse - deux ou trois pages dans Télérama, tout de même, rien que sur Eric Vuillard, et puis encore une demi-page pour expliquer en quoi ce Goncourt voulait tout dire sur la littérature et notre époque.

Et l'une de mes collègues bibliothécaires l'a tellement détesté qu'elle se demandait si ça valait la peine de l'acheter pour la bibliothèque, m'expliquant que son mari n'avait même pas pu le finir.

Voilà, ma curiosité était piquée, il fallait que je le lise.

Je l'ai donc emprunté en numérique à la première occasion. Et puis, concours de circonstances, je n'ai pas pu le commencer tout de suite. Si bien qu'au moment où j'ai ouvert les premières pages, il me restait... 5 jours pour le terminer ("magie" du prêt numérique, le livre "se rend tout seul" au bout de 3 semaines). Il avait intérêt à être bien, ce Goncourt, et à se lire vite...

Alors oui, il est bien et il se lit vite. Je l'ai vraiment beaucoup aimé. Et en même temps, je comprends tout à fait ce que ma collègue a détesté. Vous le direz, je ne suis pas à un paradoxe près.

De quoi ça parle, L'ordre du jour ? Eric Vuillard nous plonge en 1933, puis en 1938, dans les mois qui ont précédé la guerre. Celle qui a marqué le monde, et tout particulièrement notre histoire d'européens, au point de devenir un mythe, avec ses grandes figures, ses événements grandioses, la montée inéluctable du nazisme, le Bien contre le Mal.

C'est le tour de force du livre (qualifié de récit et pas de roman, qui se lit comme une fiction pourtant) : il nous plonge dans ces événements comme si on y était. Comme si on était encore en mars 1938, qu'on assistait à l'Anschluss, sans trop bien comprendre, si on entendait les informations à la radio, ou plutôt qu'on était à une soirée, chez le couple Chamberlain, à dîner avec l'ancien ambassadeur allemand. Ou dans les rues de Vienne à attendre les Panzer et à ne pas les voir arriver. Comme si on ne savait pas. Mais en fait, est-ce qu'ils ne savaient pas ? Ou est-ce qu'ils ne voulaient pas savoir ?

Comment en est-on arrivé là, au nazisme, à la déclaration de guerre ? Eric Vuillard n'explique rien. Il raconte. Il nous plonge, d'une scène à l'autre, en France, en Angleterre, en Allemagne. A travers les détails, les petites décisions ou plutôt les lâchetés qui s'enchaînent, on oublie le mythe et on se rend compte à quel point rien n'était inéluctable. L'Histoire n'est pas le mythe qu'on a raconté, après. Elle est de même nature que les événements qu'on vit aujourd'hui, que les évènements de toutes les époques : juste la réalité.

Et il nous fait prendre du recul, forcément, nous interroger...

Je comprends bien ce qui a déplu à ma collègue. Ce n'est pas vraiment un roman. Il n'y a pas vraiment d'intrigue. C'est un peu un théâtre de papier. Tellement réel, pourtant. On y trouve pas le souffle de la fiction. Moi, j'ai aimé. D'autres vont détester. Ne pas laisser indifférent, finalement, c'est plutôt un bon signe, non ?

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11 décembre 2017 1 11 /12 /décembre /2017 09:19

Un matin, l'été de ses dix-neuf ans, Summer disparaît. Un instant, elle est là, vivante, souriante, tellement belle, et l'instant d'après, c'est comme si elle s'était effacée.

Aucune trace.

Son frère Benjamin grandit dans cette absence, et milieu de toutes ces questions qui ne sont pas posées, des non-dits et des secrets qui restent sous la surface.

Jusqu'au jour où, pour un rien, tout son passé le rattrape.

Summer est un roman intense, extrêmement bien écrit. On ressent avec le narrateur, on découvre ses proches à travers ses yeux, devinant parfois avant lui, ou craignant de deviner, sans qu'il semble jamais naïf ou inconscient. C'est un roman très visuel aussi, où les souvenirs qui ressurgissent par bribes se traduisent en images fortes, où la nature exprime parfois mieux les émotions que les mots des hommes.

Car dans la famille (très aisée) de Summer, les choses ne sont jamais clairement dites, les enfants jouent au milieu de cette vie dorée qui n'est ni si belle ni si honnête...

J'ai tout aimé dans ce roman : l'histoire, les personnages, mais je crois que c'est véritablement l'écriture de Monica Sabolo qui m'a fascinée. Impossible de raconter tout ce que je voudrais sans dévoiler l'intrigue mais c'est extraordinaire combien chaque détail, chaque description, vient au service de l'ensemble. Rien n'est anodin, tout est merveilleusement construit et chaque image, saisissante, est là pour dire quelque chose. Un travail de virtuose.

C'est simple : lisez les premières pages et vous saurez tout de suite. Si vous accrochez, vous ne serez pas déçus !

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4 décembre 2017 1 04 /12 /décembre /2017 10:26

C'est l'histoire d'une adolescente, qui s'appelle Nine, va au lycée, fait de la natation, papote avec ses copines sur son téléphone portable. Un soir de juin, sa mère vient la chercher à la fin de son entraînement mais au lieu de rentrer à la maison, elle tourne et quitte la ville pour prendre l'autoroute. La mère, c'est Titiana. Ce soir, elle l'emmène dans une cabane perdue au fond de la forêt, au bord d'un lac et lui promet que "l'aube sera splendide". Quelque chose s'est passé, quelque chose qui lui permet enfin de lui parler, après toutes ces années.

Titiana ne s'appelle pas Titiana et presque rien de ce qu'elle a raconté sur son passé n'est vrai. Avant que Nine ne rencontre des personnes surgies de ce passé, Titiana a une nuit pour tout lui raconter... C'est donc aussi l'histoire de Titiana, d'Octo, d'Orion. Et de Rose-Marie qui, elle non plus, ne leur avait pas tout dit.

Après mon coup de cœur pour Et je danse aussi, j'étais très curieuse de découvrir un livre d'Anne-Laure Bondoux. J'ai donc tout de suite repéré L'aube sera grandiose au moment de la rentrée littéraire. Sélectionné pour le premier prix Vendredi (prix littérature jeunesse), il était aussi dans les coups de cœurs de journalistes. Un peu plus de deux mois plus tard, c'est lui qui a reçu le prix et j'ai pu l'emprunter, ravie, à la médiathèque.

C'est un livre tendre, où mère et fille sont parfois en conflit mais toujours complices, où les souvenirs d'enfance ont le goût des bonbons achetés à la boulangerie, des 45 tours et et des balades à vélo. Les personnages sont attachants, originaux ou flamboyants, ils ont leurs défauts et leurs doutes mais ils s'aiment et il y a toujours une touche de fantaisie dans le quotidien. C'est un livre qu'on a envie de découvrir au cours d'une nuit blanche où s'égrènent les heures et les secrets.

Pas tout à fait un coup de cœur mais vraiment pas loin. Vraiment vraiment pas loin...

(sixième lecture... j'ai réussi mon challenge ! :) )

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19 novembre 2017 7 19 /11 /novembre /2017 11:31

Sur la couverture, elle nous tourne le dos. Les mains croisées derrière elle, la silhouette plus gracile que gracieuse, les cheveux noués par un ruban, un jupon en tulle qui contraste avec le bronze de la statue : quelque chose en elle interpelle, sans qu'on sache bien pourquoi.

Camille Laurens a été fascinée, elle aussi, par La petite danseuse de quatorze ans. Elle est allée rencontrer cette sculpture dans différents musées du monde, elle a vu des œuvres qu'elle avait inspiré, elle a lu sur elle et sur Degas. Et puis elle a écrit.

En commençant ce livre, j'étais persuadée de lire un roman : l'auteur aurait imaginé la vie qu'avait pu avoir le modèle et en aurait fait un roman historique, mêlant coulisses de l'Opéra et vie des impressionnistes.

En réalité, Camille Laurens a fait tout le contraire. Refusant toute fiction, cherchant à être au plus près de la réalité, elle nous fait découvrir le monde des petits rats de l'Opéra de 1880, dans le Palais Garnier qui vient juste d'être construit. Là, les petites filles essaient surtout d'échapper à la misère, dans un destin souvent précaire. Et les riches messieurs s'abonnent à l'Opéra pour y trouver "leur danseuse", avec la complicité de leurs mères.

Elle nous raconte Degas, aussi : que cherche-t-il en représentant cette toute jeune fille ? Et en la réalisant en cire, habillée de vrais vêtements ? Qu'est-ce qui a pu se jouer entre la petite danseuse et l'artiste ? Il y a bien autre chose chez cet artiste que je croyais connaître comme "impressionniste, peintre des danseuses", que je croyais à tort un peu léger ou facile. D'ailleurs, questionnée par ma petite choupinette, j'ai voulu lui expliquer un peu l'impressionnisme, cherché quelques tableaux. Ma miss s'est exclamé : "mais, il était pas impressionniste, Degas ?" De son regard d'enfant, elle avait vu ce que j'avais toujours ignoré et faisait écho au titre d'une exposition doctement commentée par son commissaire. Et moi, je découvrais tout d'un coup une œuvre bien plus riche que je le l'aurais imaginé.

C'est donc un livre qui parle d'art, de l'Opéra, de la société en 1880, de ce que cette sculpture singulière pouvait évoquer en eux, en nous. Et c'est passionnant de bout en bout. Un livre court à lire par petits bouts, à relire peut-être. Et qui donne envie d'aller au musée, d'en apprendre plus et de le partager.

Un livre auquel je ne m'attendais pas et qui est un vrai coup de cœur.

Pour en savoir plus, l'interview de l'auteur sur le site de Stock.

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11 novembre 2017 6 11 /11 /novembre /2017 09:42

Me voilà bien embêtée au moment de parler de Frappe-toi le cœur, le dernier roman d'Amélie Nothomb. J'ai beaucoup entendu dire que c'était l'un de ses meilleurs depuis longtemps - c'est un peu le malheur d'Amélie Nothomb, je crois, ce côté rituel, "cuvée de la rentrée littéraire". Un livre par an et on parle de bon ou de mauvais cru en oubliant un peu le livre lui-même...

De mon côté, j'essaie toujours d'aborder ces romans sans a priori - il faut avouer que ce n'est pas toujours facile...

J'ai été une grande fan d'Amélie Nothomb du temps de Stupeur et tremblements - j'avais alors lu avec passion tous ses romans antérieurs. Puis, j'avais eu l'impression que ses livres se répétaient un peu, j'avais perdu de ma curiosité et, sans rien avoir décidé, j'avais arrêté de les lire.

J'ai renoué avec elle avec La nostalgie heureuse, puis j'ai beaucoup aimé Le crime du comte Neville et Riquet à la Houppe. Tout en restant fidèle à elle-même et à ce côté acide qui était le sien, je trouvais que ses livres avaient gagné en douceur. Les personnages étaient toujours des monstres mais des monstres avec un cœur, et un léger optimisme venait teinter les pages.

Avec Frappe-toi le cœur, on renoue avec quelque chose de son premier livre, L'hygiène de l'assassin. Un monde presque toujours cruel, où les mères n'aiment pas leurs enfants et où quand elles les aiment, c'est encore pire. Le personnage principal l'observe avec la lucidité des enfants qui n'ont rien connu d'autre et qui savent que l'espoir est souvent déçu. Des pages brillantes, où les impasses sont dénouées par une pirouette, qui révèlent les drames qui se cachent derrière les apparences des familles "ordinaires".

Est-ce que j'ai aimé ? J'ai trouvé ce livre brillant, il laisse une empreinte qui vous poursuit les jours suivants. Sans doute, c'est l'un de ses meilleurs livres depuis longtemps. Et pourtant, je me demande si je ne préfère pas les autres... Plus légers, plus drôles. Mineurs, comme des contes. Je me demande aussi si ce livre qui se démarque tant des précédents ne serait pas un manuscrit qui serait resté caché pendant longtemps (depuis peut-être vingt ans, elle écrit quatre livres par an pour n'en publier qu'un). Ou bien si elle a renoué avec quelque chose de plus cruel en elle. Ou peut-être, tout simplement, le sujet me touche trop pour que je sois vraiment objective ?

Non vraiment, je ne sais pas trop quoi dire de ce livre. Et je me rends compte que j'ai fait comme tout le monde : le situer par rapport aux autres... Comme si les livres d'Amélie Nothomb étaient un monde, un univers, où le lecteur voyageait d'un titre à l'autre en y cherchant des repères... Ou si ces histoires tellement courtes demandaient de "parler autour" (de l'ambiance, du sujet) pour ne rien dévoiler de l'intrigue et laisser le futur lecteur découvrir les pages sans rien en savoir.

Est-ce que vous l'avez lu, vous ? Qu'est-ce que vous en avez pensé ?

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Sur le site de l'éditeur, un extrait à lire ou à écouter et un interview de l'auteur (qui le décrit comme le livre le plus noir qu'elle ait écrit...).

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5 novembre 2017 7 05 /11 /novembre /2017 12:50

C'est l'histoire de Patricia Hearst. Fille d'un magnat de la presse américaine (tendance presse à scandale), elle est enlevée en février 1974 par un groupuscule d'extrême gauche qu'elle finit par rejoindre, armes à la main.

C'est l'histoire de Gene Neveva, sociologue américaine, femme libre et féministe. Elle étudie l'histoire de Mercy et Mary, jeunes femmes enlevées par les amérindiens au XVIIIème siècle et qui, une fois "libérées", avaient souhaité rester vivre avec leurs ravisseurs. En 1975, les avocats de la famille Hearst lui demandent une expertise psychologique de Patricia dont le procès va bientôt s'ouvrir.

C'est l'histoire d'une jeune femme des Landes, que Gene Neveva engage pour l'aider à compulser l'énorme somme de documents qu'elle a reçus. La rencontre avec Neveva, et d'une certaine manière, Patricia, va changer sa vie.

Et c'est aussi l'histoire d'une femme qui écrit "je" (l'auteur ? la narratrice ?). Elle est à Northampton, où enseigne aujourd'hui Neveva et où son livre Mercy Mary Patty; publié en 1977 et jamais traduit en français, vient d'être réédité.

Ce roman brouille les pistes et joue la confusion entre fiction et réalité : qui a vraiment existé ? une part du livre est-elle autobiographique ? Mercy Mary Patty, est-ce le livre que nous tenons entre les mains ou bien celui de Gene Neveva ?

Une chose est sûre : l'histoire de Patricia Hearst, elle, est authentique. Elle a bouleversé puis perturbé l'Amérique. Son image a fasciné bien au delà du fait divers. Patricia est un symbole, mais le symbole de quoi ?

C'est toute l'habilité du roman d'entraîner le lecteur dans ces interrogations, sans jamais donner de réponse claire ou définitive. Refus d'une vie tracée d'avance, refus d'un monde d'inégalités, goût de la liberté, violence, recherche de la justice ou bien incarnation de l'injustice... Patricia a vite fait de devenir l'emblème de ce que chacun veut bien y mettre - mais elle, est-ce que quelqu'un s'intéresse à qui est vraiment cette jeune fille de 19 ans ?

C'est l'histoire de Patricia Hearst, donc, mais aussi peut-être celle du féminisme, du courage d'être soi-même, des chemins qu'on cherche et des choix qu'on finit par faire. Un beau roman qui embarque et interroge, et se lit d'une traite. Et dont chacun ressort avec ses propres réponses et surtout, peut-être, ses propres questions.

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27 octobre 2017 5 27 /10 /octobre /2017 18:13

C'est un peu le hasard si j'ai commencé Bakhita juste après avoir fini Underground railroad : je l'avais réservé, le livre venait d'être disponible et soit je l'empruntais tout de suite, soit "je perdais mon tour". Je m'y suis donc plongée avec un peu d'hésitation : une seconde histoire d'esclave, est-ce que ça n'allait pas faire trop ? Est-ce que j'allais moins l'apprécier, être tentée de toujours comparer ?

En fait, on ne pourrait pas imaginer deux livres plus différents. Bien sûr, le roman est inspiré d'une histoire vraie. Bien sûr, on retrouve les horreurs de l'esclavage, même si les lieux ne sont pas les mêmes. Mais alors que dans Underground railroad, la fuite ne conduit qu'à retrouver le racisme, toujours, Bakhita est un livre rempli de lumière. Un livre servi par une écriture intense, toujours dans l'émotion.

Bakhita, c'est d'abord l'histoire d'une petite fille. Elle vit en Afrique, dans un petit village, une vie traditionnelle où les enfants jouent nus entre les maisonnettes et conduisent les vaches, le soir, pour les emmener boire. Une vie où la paix est douce mais la guerre n'est jamais loin, dans les villages en feu où d'autres africains, des marchands d'esclaves, enlèvent des hommes, des femmes, des enfants, pour les vendre. Les petites filles surtout sont recherchées : elles se vendent plus cher que les autres. Un jour, Bakhita est enlevée à son tour et son périple commence, sa vie d'abda, esclave, où on n'est plus vraiment un être humain.

Le livre raconte les épreuves et ne cache rien des horreurs, même s'il garde une certaine pudeur. Mais ce que raconte ce livre, surtout, c'est comment Bakhita survit. Comment elle garde cette capacité au bonheur, la joie de regarder les étoiles dans le ciel, l'attention aux autres, aux enfants dont elle tient la main, aux pauvres dont elle comprend instantanément les souffrances.

Ce livre, c'est l'histoire d'une libération. Celle d'une âme que rien ne peut atteindre. Bakhita est devenue religieuse et a été canonisée. Je l'ignorais en ouvrant le livre et j'aurais envie de dire que peu importe, son histoire peut parler à chacun, parce qu'elle est humaine avant tout et que même si on ne peut pas imaginer ce que devait être la vie d'esclave, chacun connaît tôt ou tard la souffrance et a besoin de s'abriter du désespoir.

Un très beau livre, vraiment. Et un grand coup de cœur qui mérite vraiment le prix qu'il a reçu (le prix Fnac) et tous ceux qu'il recevra peut-être ensuite...

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Les premières pages sont à découvrir sur le site d'Albin Michel, à lire où à écouter lues par le comédien Bernard Gabay.

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26 octobre 2017 4 26 /10 /octobre /2017 14:46

Après le monde fantastique du Trône de fer, j'avais envie de quelque chose de plus réaliste. Un polar (j'adore les polars), bien noir, avec des rebondissements, une enquête, un commissariat... C'est là, en parcourant les dernières sorties en livre audio, que j'ai vu Ragdoll. "Un corps, six victimes." Comme toujours, un extrait accompagne le livre - indispensable, l'extrait, en livre audio, pour savoir si on se laissera embarquer par la voix de l'interprète pendant les 16 heures d'écoute.

Le cadre est posé : on plonge dans les derniers jours du procès de Naguib Khalid, soupçonné d'être le Tueur Crématiste. Khalid est-il innocent ? Ou bien est-il vraiment cet horrible tueur en série ? A travers le procès, c'est aussi de l'inspecteur Fawkes qu'il s'agit : William Oliver Layton-Fawkes, surnommé "Wolf", l'homme qui a arrêté Khalid sans hésiter à enfreindre les règles.

Quatre ans plus tard, c'est une autre affaire qui va poursuivre Wolf jusqu'à l'obsession. Un corps est découvert, composé hideux des membres de six victimes différentes. Le passé va rattraper celui qui a déjà été rétrogradé sergent, alors qu'il tente de retrouver sa place entre sa collègue Baxter, le jeune stagiaire Edmunds, son ex-femme journaliste qui couvre l'affaire...

Il n'y a pas de héros dans ce livre où tous les personnages ont une faille, un secret. L'intrigue avance inexorablement au fil des meurtres d'un serial killer méticuleux et planificateur, jusqu'à sa confrontation avec Wolf - et pourtant, la fin ne sera pas tout à fait celle que l'on croit. Les pièces du puzzle s'imbriquent doucement, on espère, on s'inquiète et on tremble jusqu'à la fin.

L'interprétation est impeccable. A l'écoute de l'extrait, je n'étais pas très sûre pourtant. La voix de Damien Ferrette en narrateur était peut-être un peu neutre, pas le charme de la voix de conteur qu'on peut retrouver dans certains livres audio - j'étais passée outre parce que l'histoire me plaisait vraiment beaucoup. A fil de l'écoute, l'interprète prend toute sa dimension dans les personnages, tout particulièrement l'assassin. A la réflexion, cette manière "plus détachée" de lire le texte est sans doute bien adaptée au genre - en tout cas, mes réserves sont tombées au fil de l'écoute. Et mention spéciale pour la musique, qui retranscrit vraiment l'ambiance du livre - de ce point de vue, ils sont toujours très forts, chez Audiolib !

Au final, je suis obligée de ne pas être d'accord avec l'auteur, qui remercie le lecteur d'avoir lu Ragdoll "alors qu'il y a tellement de bons livres à lire". Aucun regret, Monsieur Cole, vraiment !

J'ai eu la chance de découvrir ce titre dans le cadre d'un partenariat avec Audible. Comme toujours, je donne mon avis le plus sincère sur le titre - ça fait partie du deal ! Et comme souvent, j'ai pu choisir mon titre et ce n'est donc pas tout à fait un hasard s'il m'a plu. ;)

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