9 juillet 2016 6 09 /07 /juillet /2016 16:01
La sirène - Camilla Läckberg

La Sirène est le sixième livre mettant en scène Erica Falck, écrivain, et son mari le policier Patrick Hedström. Comme pour les tomes précédents, on alterne flashbacks et moments présents, l'enquête et la vie quotidienne de personnages qui nous sont maintenant familiers. La Sirène, c'est aussi le titre du roman écrit par Christian Thydell, bibliothécaire à Fjällbacka, aperçu dans le tome précédent. Au début du roman, son livre vient de sortir et reçoit un accueil formidable de la presse. Le roman est très noir, Christian réservé sur son passé - il n'a dit à personne qu'il reçoit des lettres de menaces depuis qu'il a commencé à l'écrire, des lettres écrites par une mystérieuse femme...

Bien sûr, le passé, la disparition de Magnus au tout début du livre, les lettres de menace, le roman, tout est lié. Et tout semble tourner autour de elle, la sirène, femme mystérieuse et séduisante revenue du passé...

J'ai trouvé l'intrigue du livre particulièrement bien ficelée - particulièrement noire aussi, ce sont des événements atroces qui remontent du passé... J'ai beaucoup aimé aussi la manière dont Camilla Läckberg joue sur les codes de la sirène (la mer, la beauté fascinante qui ne peut conduire qu'au malheur, l'ambigüité, la noyade...). Par contre... j'ai deviné la fin bien avant qu'elle ne soit révélée - dès que j'ai fait le lien avec celle d'un film qui... Bon, je ne vends pas la mèche mais si vous l'avez lu, je pense que vous voyez à quel film je pense ?

Au départ, j'ai été déstabilisée par la voix du lecteur (j'ai écouté en livre audio), mais c'était simplement parce que ce n'était pas le même interprète que les tomes précédents. Je m'y suis très vite faite et j'ai apprécié sa manière de donner vie aux personnages - et ouf ! les noms propres étaient prononcés comme dans les tomes précédents, j'avais déjà été déstabilisée une fois par les "Molberg" qui devenaient "Melbeurg" et autres variantes de la prononciation suédoise (aucune idée de la vraie prononciation mais au moins, je m'y suis reconnue !).

Des points positifs, des points négatifs... mais beaucoup de noirceur, quand même. Un peu trop, peut-être (l'intrigue policière, c'est une chose, mais j'aime bien quand il y a un peu plus de positif du côté des personnages). Et une fin un peu... très "suite au prochain épisode".

Il y a un petit quelque chose qui m'énerve parfois, j'avoue. Camilla Läckberg n'abuserait-elle pas un peu de son ressort de suspens favori ? Celui qui consiste à dire quelque chose comme "il écouta attentivement le compte-rendu du légiste et raccrocha", puis "il résuma les conclusions du légistes à ses collègues qui l'écoutèrent, atterrés", puis l'un des collègues qui dit "je n'aurais jamais imaginé une chose pareille"... mais le lecteur doit attendre et encore attendre pour savoir de quoi il s'agit... Moi, j'aime bien savoir tout tout de suite et que cela ne prenne sens qu'à la fin - c'est un peu de la triche, là, non ? Mais en fait... je lui pardonne parce que je passe un bon moment de lecture à chaque fois, alors j'écouterai sûrement le tome suivant !

Petit bonus : je vous mets cette vidéo trouvée sur le site d'Actes Sud... qui ne présente pas du tout le livre (comme je le pensais) mais fait un peu plus connaitre son auteur. ;)

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6 juillet 2016 3 06 /07 /juillet /2016 17:47
Du domaine des Murmures - Carole Martinez

Imaginez... Vous marchez doucement au milieu de vestiges du Moyen Âge et soudain, une voix surgit des pierres, comme un murmure... Esclarmonde, elle qui vécut un destin extraordinaire sans jamais quitter sa cellule, vous entraîne dans ce douzième siècle sauvage et exalté, où la folie de Dieu se mêle à celle des hommes, où les légendes s'ancrent dans la réalité...

Du domaine des murmures est un très joli livre, ciselé, un peu cruel, aux personnages forts, qui nous emmène là où on ne l'attend pas. Là où moi, en tout cas, je ne m'y attendais pas.

Loin de l'image d'une ermite, Esclarmonde est une jeune femme indépendante, qui n'a pas d'autre choix pour s'affirmer et refuser la vie (et le mariage) qu'on lui a choisi que de demander, de manière spectaculaire, à se retirer du monde. On lui construit une chapelle et une petite cellule : elle assiste à ses propres funérailles dans la première avant d'entrer dans la seconde. On mure l'entrée, elle doit y rester jusqu'à sa mort. Il ne devrait plus rien se passer pour elle... et au contraire, ce n'est que le début de son histoire.

La colère de son père, le désespoir de son fiancé qui la regarde vraiment pour la première fois au moment où elle refuse de l'épouser, la ferveur des villageois pour qui elle fait figure de sainte, l'amitié d'autres femmes, atypiques et indépendantes comme elle dans un monde d'homme... sa tombe n'est pas coupée du monde et les joies comme les drames peuvent encore y survenir...

Une très bonne surprise, donc, que ce petit roman, même s'il m'a donné envie de lire quelque chose d'un peu plus léger juste après...

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28 juin 2016 2 28 /06 /juin /2016 11:52
Expiation, de Ian McEwan

Comment ce livre a-t-il pu rester sur une étagère pendant des années sans que je le lise ? Aujourd'hui que je viens de le finir, je me demande s'il n'est pas un de mes livres préférés.

Je me souviens l'avoir commencé l'été de notre déménagement, il y a sept ans. J'avais lu le premier chapitre comme on lirait une nouvelle, il se suffisait presque à lui-même. Et je m'étais arrêtée après quelques pages du deuxième. Pourquoi ? Mystère... Je m'attendais sans doute à autre chose (même si je ne saurais pas trop dire quoi). Ou alors, ce premier chapitre se suffisait vraiment à lui-même ? Et puis, sans raison particulière, la semaine dernière, je l'ai repris. Lu. Et aimé, donc.

Je voudrais en parler sans rien dévoiler de l'intrigue - ce serait dommage, sinon. On pourrait jouer au jeu des "pour qui serait ce livre ?" Pour ceux qui aiment la littérature, les histoires qui parlent d'écrivain et d'écriture, la campagne anglaise, les ambiances subtiles, la psychologie des personnages. Qui voudraient être écrivain. Ou entrer dans leur tête. Pour ceux qui aiment les secrets de famille, qui n'ont pas peur de découvrir la débâcle de l'armée britannique vers Dunkerque en 1940, les hôpitaux militaires. Ni de la cruauté des non-dits des demeures anglaises.

Il est bien écrit mais en même temps exigeant (avec la fatigue, j'ai eu du mal parfois). A voix haute, c'est superbe (quel joli travail de traduction, donc).

Un tout petit mot de plus, sur l'histoire. La première partie nous plonge dans une journée de canicule, en Angleterre, on attend le fils de la famille qui vient avec un ami, sa plus jeune sœur prépare une pièce qu'elle voudrait faire jouer à ses cousins, on sent que quelque chose de terrible va se produire sans savoir précisément quoi. Chapitre après chapitre, on découvre le point de vue d'un personnage ; à travers la combinaison des points de vue, tous les détails du quotidien, j'ai eu l'impression de voir se reconstituer la réalité comme à travers les facettes d'un prisme. Peut-être qu'en combinant tous ces angles, je pouvais connaître la vérité ? Ou peut-être pas ?

Ensuite, à chaque changement de partie, l'auteur garde le flou pendant plusieurs pages : où est-on ? Ce personnage qu'il désigne par il ou elle, en tardant à donner son nom, lequel des protagonistes est-ce ? Qu'est-il arrivé aux autres ?

Et quand Briony s'interroge sur ce qu'est, ce que doit être un écrivain, apparaît comme une explication des intentions de l'auteur... comme une facette supplémentaire.

La fin est magistrale.

On pourrait tout dire en une phrase : c'est merveilleusement écrit. Et pourtant, il y a une vraie histoire. Bien sûr, dirait sans doute Ian McEwan, ou en tout cas Briony.

Voilà donc un livre qui va retrouver une étagère, mais à la place d'honneur. Et je ne peux pas m'empêcher de me demander : est-ce que tout le monde l'a lu, déjà ? J'ai l'impression qu'on en a tellement parlé à une époque. Et si oui, est-ce que tout le monde l'a aimé autant que moi ?

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19 juin 2016 7 19 /06 /juin /2016 09:27

Une pensée aujourd'hui pour tous les supers papas du monde entier - mes loulous diraient que le meilleur papa du monde entier, il est chez nous, mais je suis sûre que vous avez déjà entendu ça chez vous aussi ? ;)

Petite pensée et petite BD, une pépite trouvée à la bibliothèque et qui a tellement fait rire leur super papa...

Une BD pour tous les supers papas

Ce Guide du Mauvais Père est signé Guy Delisle, dont j'ai eu l'occasion de parler pour Les chroniques de Jérusalem. Dans un autre genre de BD reportage, il croque son quotidien de papa qui travaille (à ses BD) à la maison avec ses deux enfants : ça donne des petites histoires drôles, tendres et vraies, qui sentent le vécu...

Deux extraits (issus de son site) de mes passages préférés.

Clic sur l'image ou ici pour voir l'extrait, reclic pour zoomer dessus. ;)

>

Clic sur l'image ou ici pour voir l'extrait, reclic pour zoomer dessus. ;)

... et d'autres extraits des tomes 1, 2 et 3 sur le site de Guy Delisle.

Bonne fête à tous les papas !

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19 mai 2016 4 19 /05 /mai /2016 11:49
Heather Mallender a disparu

"Si elle revenait maintenant, ou même dans cinq minutes, tout irait bien". Harry doute, espère, s'interroge mais le lecteur le sait dès le départ : Heather Mallender a disparu. Et dès le départ, le lecteur est pris : qui est Heather ? Et Harry, en fait, qui est-il ? Qu'est-ce qui le lie à Heather ? Quel passé a-t-il fui, il y a des années, en venant s'installer à Rhodes ?

Et petit à petit, l'intrigue se dévoile. Harry Barnet vit à Rhodes, où son ami Alan Dysart, héros de guerre et brillant homme politique, lui a proposé de "veiller sur sa résidence secondaire" pour lui offrir l'opportunité de quitter l'Angleterre et son passé. Cette vie en dehors du monde et sans ambition lui convient, lui qui est autant le gardien de la villa que l'ami de Dysart. Quand Heather arrive en vacances à la villa, ils sympathisent peu à peu. Il sait qu'elle fuit une expérience douloureuse mais il ne cherche pas à en savoir plus. Jusqu'au jour où Heather se volatilise au somment du mont Prophitis Ilias, pendant qu'il l'attend en contrebas. Aucune trace d'elle, nulle part.

Enlèvement ? Suicide ? Perte de mémoire ? Disparition volontaire ?

Heather n'a laissé qu'une chose derrière elle : une série de photos. "Il y en a des choses sur ces photos", a-t-elle dit en prenant la dernière, pour finir la pellicule. Avec ces photos, Harry va retracer le voyage qui a conduit Heather à Rhodes ; mais son enquête, c'est aussi découvrir qui est la jeune femme, et qui il est lui-même...

Le lecteur, d'indices en révélations, de rencontres en impasses, ne peut plus lâcher le roman jusqu'aux dernières pages... J'avais mis ce livre dans mon sac pour nos quelques jours de vacances de Pâques - commencé en vacances, donc, j'en ai lu un chapitre chaque fois que je le pouvais, et les balades en bord de mer se sont mêlées aux ruelles de Rhodes et à la campagne anglaise. Je n'aurai pas pu rêver meilleur compagnon de voyage !

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15 avril 2016 5 15 /04 /avril /2016 12:31
Trois jours et une vie

"A la fin de décembre 1999, une surprenante série d'événements tragiques s'abattit sur Beauval, au premier rang desquels, bien sûr, la disparition du petit Rémi Desmedt."

Je n'avais jamais lu de livre de Pierre Lemaitre. Il aurait été plus logique de commencer par Au revoir là-haut, pour lequel il a reçu le Goncourt et dont on m'a dit beaucoup de bien, mais c'est ce roman-ci qui me le fait découvrir, roman tout fraichement sorti et offert pour mon anniversaire. Un roman dont je ne savais rien si ce n'est que c'était "un roman policier".

En fait... pas du tout, mais ça n'est pas grave.

J'ai été surprise et saisie par les premières pages, qui nous font rencontrer Antoine, 12 ans, "qui fut au centre de ce drame" et pénétrer dans sa vie, son quartier, tout le petit monde de Beauval. On découvre son isolement : tous ses copains se retrouvent pour jouer aux jeux vidéos mais sa mère le lui interdit, il construit une incroyable cabane dans les arbres pour les impressionner et n'a pour compagnie que le chien Ulysse, et aussi ce petit Rémi de 6 ans qui l'admire et aime passer du temps avec lui. Un jour, "tout commence par la mort du chien" et les événements s'enchaînent, inexorablement.

Trois jours et une vie déroule les conséquences du drame de la disparition de Rémi sur tout un village, comment il fait écho au sentiment d'injustice lié à la crise, comment il exacerbe les ressentiments des uns et des autres... Le petit monde de Beauval qui prend vie sous nos yeux est terriblement vrai, comme si on assistait à une expérience scientifique ("soit la disparition d'un enfant dans un village rural, que va-t-il se passer ?"). C'est à mon avis l'une des grandes forces du livre.

On suit bien sûr aussi les conséquences sur la vie d'Antoine, qui se répercutent des années après. Comme si toute sa vie se jouait dans ce petit théâtre de la fin de l'enfance, où il revient toujours malgré ses efforts pour y échapper... C'est un roman fort, comme on pourrait dire d'un alcool qu'il est fort, il ne laisse pas indifférent, la fin est véritablement émouvante. Pour autant, ce n'est pas un roman gai, ni optimiste, loin de là... A éviter les jours de déprime ou de grisaille... Il m'a fait un peu penser, en ce sens, à Esprit d'hiver (en moins choc tout de même). Je suis contente de l'avoir lu et je pense que je lirai d'autres livres de Pierre Lemaitre... mais je m'offrirai une petite parenthèse plus légère avant !

Et vous ? Vous l'avez lu ? Ou bien un autre livre de Pierre Lemaitre ?

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15 mars 2016 2 15 /03 /mars /2016 10:59
Le crime du comte Neville

Oublions un instant la rentrée littéraire, Amélie Nothomb, son personnage, son livre qui revient immuablement tous les ans, les bons et les mauvais crus... Ce serait dommage de passer à côté de la lecture du Crime du comte Neville pour des choses qui, finalement, n'ont rien à voir.

Moi qui ai tant aimé les livres d'Amélie Nothomb quand je les ai découverts, puis me suis lassée d'y retrouver les mêmes ficelles au fil du temps, j'ai essayé de lire ce livre comme si c'était le premier. J'ai bien fait : je me suis régalée.

Le crime du comte Neville, c'est un conte, un peu féroce et cruel et très drôle en même temps. Tout commence par une prédiction : une voyante annonce au comte Neville, vieille noblesse belge désargentée, un peu guindé, d'une autre époque, qu'il va tuer l'un de ses invités lors de sa prochaine réception. Qui sera en plus la dernière réception avant la vente du château. Lui qui met tout son art et son talent à recevoir ses invités. C'est la catastrophe. Oh, ce n'est pas tant de devenir un criminel qui l'ennuie : tuer un invité, ça ne se fait pas. Un pareil manque de savoir vivre, ce serait une véritable catastrophe. Mais comment éviter l'inévitable ? Quitte à tuer quelqu'un, est-ce qu'on ne pourrait pas le faire en respectant les convenances ?

C'est drôle, terriblement bien vu, avec la galerie de caractères qu'on pourrait attendre de la part d'Amélie Nothomb (j'ai essayé de l'oublier, c'est vrai, mais je l'ai bien reconnue quand même ! :P) et on s'y laisse prendre jusqu'à ce que tout se finisse dans une pirouette et un éclat de rire. Ma belle-mère, en vacances ici, l'a lu en deux soirs avant de le conseiller à mon beau-père, qui l'a lu en deux soirées aussi. Mon mari l'avait lu avant moi, en une journée. Je vais continuer à le faire tourner un peu, je crois !

Cette lecture est ma deuxième participation au Challenge rentrée littéraire 2015.

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18 février 2016 4 18 /02 /février /2016 09:03
U4 - Yannis

Comme souvent quand on a vraiment aimé un livre, il ne va pas être facile pour moi de vous parler de U4 - Yannis. Peur de trop dévoiler, peur de réduire à ce qu'il n'est pas... Et pourtant, il y a tellement de choses à en dire, de ce roman.

U4, d'abord. C'était un peu l'évènement de la rentrée littéraire de septembre, ces quatre romans U4 qui sortaient en même temps. Et à juste titre : quatre auteurs avaient décidé d'écrire ensemble, chacun un roman, qui couvrirait la même période, le personnage principal de l'un devenant personnage secondaire des autres. Quatre histoires qu'on peut lire dans n'importe quel ordre, avec chacune leur identité, leur spécificité et leur fin, qui dévoilent juste un peu mais pas trop ce qu'il y a dans les autres.

Les premières pages du roman présentent ces quatre histoires liées : le virus U4 a décimé 90% de la population et n'a épargné, pour une raison inconnue, que les jeunes de 15 à 18 ans. Avant que le réseau internet ne tombe en panne, le maître du jeu en réseau Warriors of Time a donné rendez-vous aux experts du jeu, à Paris, le 24 décembre, pour enrayer la catastrophe.

"Jules, Koridwen, Stéphane et Yannis font partie de ces Experts. U4 est leur histoire."

Ce qui était une formidable expérience d'écriture pour les auteurs devient également une expérience de lecture : on attend et on guette la rencontre des personnages, on se demande ce que l'interlocuteur pense vraiment quand il parle avec le narrateur. On a envie de passer "de l'autre côté du miroir" pour savoir... et on sait que ce sera possible (ça donne un peu le vertige).

Si vous voulez en savoir un peu plus sur ce projet singulier, une vidéo avec les éditrices (les romans sont co-édités par Syros et Nathan) et Florence Hinkel, l'auteur de Yannis.

Florence Hinkel en parle (bien sûr) mieux que moi mais quelques mots sur l'histoire : après la catastrophe, Yannis décide de quitter Marseille pour rejoindre le rendez-vous de Khronos, à Paris, parce qu'il veut absolument y croire. Lui qui n'est qu'un adolescent ordinaire trouve du courage à s'imaginer Adrial, son avatar de WOT. Parfois, il croit apercevoir les fantômes de sa famille qui l'accompagnent. Au fil de son voyage, il apprend beaucoup, y compris sur lui-même...

Si je réfléchis à ce qui m'a plu dans Yannis, je dirais que ce roman parle extrêmement bien de l'adolescence. Un journaliste disait "l'adolescence d'aujourd'hui, celle des jeux en réseau et des mondes virtuels", c'est sans doute vrai mais je pense que ça parle plutôt de l'adolescence tout court : les doutes, le besoin de s'identifier à un personnage imaginaire exemplaire, la violence qui peut apparaître en soi, la confusion des sentiments...

Et l'autre chose, ce sont les personnages secondaires. La magie du projet U4, c'est que tous les personnages secondaires sont riches et pourraient faire l'objet d'un roman à part; je pense à François bien sûr, à Elissa et sa fille, mais aussi à Anne à peine croisée à Paris mais derrière laquelle on sent toute une histoire (apparaît-elle dans les autres romans ? pour qu'on découvre quoi ? ... ).

Je n'avais jamais lu d'histoire post-apocalyptique avant mais je n'ai pas pu m'empêcher de penser au Hussard sur le toit... et l'auteur aussi, visiblement, à en juger par l'escale de son personnage à Manosque (!).

Ce roman est un coup de cœur et me donne envie non seulement de découvrir les autres romans U4 mais aussi plus largement ceux de Florence Hinkel. Et la lecture se prolonge par les "bonus" accessibles par l'appli (interview, vidéo) que j'ai trouvé très intéressants (à part la "bande-annonce" qui ne traduit pas la richesse du livre, je trouve).

Maintenant, j'ai hâte de découvrir les avis des autres participants du Challenge rentrée littéraire 2015, auquel je participe, et pour lequel c'est ma première lecture.

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14 février 2016 7 14 /02 /février /2016 11:28

Quel livre étrange que ce Journal secret du Petit Poucet ! Étrange et beau, puisqu'il est illustré par Rebecca Dautremer.

Journal secret du Petit Poucet

Philippe Lechermeier au texte et Rebecca Dautremer aux illustrations, donc, y réécrivent l'histoire du Petit Poucet. Ils nous racontent ainsi la grande privation, les soupes aux cailloux (la meilleure est celle aux petits cailloux blancs), la belle-mère qui garde le moindre sou dans son corset verrouillé à double tour, la forêt où on peut s'inventer une nouvelle vie dans un nid au sommet d'un arbre, les listes de joies remarquables et de peines détestables.

Journal secret du Petit Poucet
Journal secret du Petit Poucet

Il m'a fallu du temps (pas mal de temps) pour rentrer dans cet univers, j'avoue que j'ai trouvé certains passages un peu longs (voire en trop). Et puis, finalement, j'ai compris qu'il fallait prendre le texte comme une illustration des dessins, collages, créations de R.Dautremer et le lire comme on visiterait une sorte d'exposition étonnante et décalée sur le Petit Poucet.

Journal secret du Petit Poucet

Au final, je ne sais pas trop quoi penser de ce drôle de livre. Trop long pour être un album, pas un roman non plus.... étrange, donc.

Vous vous demandez pourquoi il y a deux marque-pages ? C'est que ma miss de 10 ans et moi, on le lisait en même temps. J'ai persévéré, elle non, ce qui renforce mon impression initiale d'un livre plus destiné aux fans et aux grands enfants (comme moi) qu'aux jeunes lecteurs.

Pour la créativité, le spectaculaire, l'étrangeté ou la tendresse de ses illustrations, je suis contente de l'avoir lu.

Journal secret du Petit Poucet

Un livre à découvrir, peut-être juste à feuilleter si vous le croisez, en le prenant comme il est, en fait, étrange et créatif... parce qu'étrange, c'est exactement ça.

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Published by anne(tte) - dans Mes lectures Albums jeunesse
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28 janvier 2016 4 28 /01 /janvier /2016 11:02
Temps glaciaires

C'est une amie qui m'a dit un jour "tu devrais lire un livre de Fred Vargas, c'est un peu ton genre d'humour". Et une autre amie qui m'a offert Temps glaciaires (j'ai des amies formidables !).

Dès les premières pages, j'ai compris, quand l'un des personnages, remarquant que "le fond de l'air est frais", se demande comment on appelle le contraire : le dessus de l'air ? Exactement le genre de questions que je suis capable de (me) poser - je suis rassurée, je ne suis pas la seule !

Au fil de ma lecture, j'ai trouvé ce roman surprenant. Fantaisiste, et même farfelu parfois, je me suis souvent demandé comment elle allait arriver au bout de son histoire et boucler toutes les boucles. Mais je faisais confiance, forcément, au commissaire Adamsberg et à ses intuitions étranges, personnage original et attachant, qui préfère marcher à côté du chemin pour fouler l'herbe dès qu'il le peut et récolter patiemment les graines de gratteron qui sont restées accrochées à son pantalon. Et à Danglard, l'érudit, qui semble connaître tout sur tout comme une encyclopédie vivante (et se vexe un peu quand il ne connaît pas). Et à Renancourt, force de la nature au caractère entier (et pourtant, personnage féminin). Et à... c'est l'une des forces du livre, je trouve, chaque personnage est finement brossé, avec les petits détails qui font vrai, et chaque membre du commissariat a le droit d'être un vrai personnage, avec sa personnalité.

Côté enquête, tout commence par une vieille dame, elle va bientôt mourir, elle veut absolument poster elle-même une lettre, malaise, la lettre tombe, la lettre est ramassée par une inconnue et postée... et puis tout s'enchaîne : un suicide qui est finalement un meurtre, un autre suicide qui pourrait être un meurtre, un signe mystérieux qui ressemble à un H barré, des morts en Islande il y a des années qui pourraient être liées aux affaires en cours ou peut-être pas, un sanglier domestique qui s'appelle Marc, une Association d'étude des œuvres de Robespierre... Pistes qui s'ouvrent et se referment, ou plutôt pour reprendre l'image utilisée par Adamsberg, pelote d'algues de plus en plus entremêlées... Une vraie intrigue policière bien ficelée, pleine d'impasses et de chausse-trappes.

Un livre étrange et déroutant mais, vous l'aurez compris, une vraie belle découverte !

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