22 novembre 2009 7 22 /11 /novembre /2009 15:37

Lorsqu’elle entra dans la chambre, Colin était assis en tailleur sur son lit et tenait un énorme bouquet de fleurs. Quand il la vit, il lui fit un sourire radieux et les lui tendit.

Emily était tellement furieuse qu’elle ne réagit pas. Devait-elle lui envoyer son bouquet à la figure – quoique cela ne paraisse pas très convenable pour un malade à l’hôpital – ou repartir sans un mot ? Elle finit par décider de rester correcte ; ce n’est pas parce que son patron n’avait aucun sens du respect dû à autrui que…

Elle se contenta donc de lui dire d’un ton glacial :

- Je croyais que c’était urgent ?

 

Colin ne sembla pas perturbé le moins du monde par son attitude.

 

- C’était extrêmement urgent. Je voulais vous remercier.

 

Il ajouta au bout d’un instant, l’air soudain moins assuré :

 

- Merci d’être venue si vite.

Ne sachant que répondre, Emily se contenta de prendre de bouquet et de s’asseoir sur le rebord du lit comme Colin l’y invitait. Colin, en face d’elle, la dévisageait avec un sérieux qu’elle ne lui avait encore jamais vu, pas même lors de ses réunions d’affaire. Cette attitude la désarçonnait complètement.

Ce fut lui qui rompit à nouveau le silence.

 

- Les médecins m’ont dit qu’une intervention une minute plus tard aurait été fatale. En d’autres termes, vous m’avez sauvé la vie.

Emily était extrêmement gênée. Regardant son bouquet, elle essaya de lui dire que n’importe qui aurait réagi de la même façon mais elle ne se trouvait pas très convaincante. D’autant plus qu’il ajouta :

 

- Ce qui m’a sauvé, c’est la rapidité de l’intervention et la précision des informations communiquées au téléphone. D’après eux, la personne qui a appelé a une très bonne formation médicale.

Cette fois-ci, Emily jugea préférable de ne rien répondre. Le silence s’installa. Elle avait conscience que Colin attendait des explications sans vouloir les demander explicitement. En un sens, elle lui en était reconnaissante. Elle n’avait jamais réfléchi encore à cette situation. Elle avait toujours trouvé plus simple de ne rien dire, pour être sûre de ne pas trop en dire. Bien sûr, elle se posait la question. Mais elle savait qu’il valait mieux ne faire confiance à personne. Et elle n’avait aucune raison de faire davantage confiance à Colin sous prétexte qu’elle lui avait sauvé la vie.

Elle finit par relever les yeux vers lui. Elle réalisa qu’il était en pyjama et que son pyjama n’était pas écossais et elle fut envahie d’une irrépressible envie de rire. Elle essaya de penser à autre chose mais elle ne put s’empêcher d’imaginer sa réaction si elle lui expliquait que son pyjama aurait dû être écossais et ce fut plus fort qu’elle : elle éclata de rire. Colin la regarda un instant et se mit à rire aussi ; il ne savait pas pourquoi elle riait mais il avait envie de participer, lui aussi.

Quand Emily eut repris son calme, elle fut bien obligée de lui parler du pyjama écossais. Colin lui déclara adorer l’idée de ces réunions pyjamas et lui promit de se procurer un pyjama écossais spécialement pour l’occasion, avec cravate intégrée.

Puis ce fut à nouveau le silence.

Emily réalisa qu’elle ne lui avait même pas demandé de ses nouvelles, ce qui lui sembla indécent étant donné les circonstances. Colin lui répondit :

 

- Les médecins semblent contents de mes progrès. Si tout va bien, je pourrai sortir d’ici quelques jours.

Emily retrouva son sérieux d’un coup. Elle n’avait plus du tout envie de rire. Il fallait qu’elle lui parle. Tout de suite. Mais il se mit à parler juste avant qu’elle se décide.

 

- Je suis convaincu que ce qui m’a fait le plus de bien est la thérapie que nous avons commencée ensemble juste avant l’arrivée des médecins. C’est pourquoi je vous propose de poursuivre.

Emily le regarda sans comprendre.

 

- Allez-y, je vous écoute. Où êtes-vous née ?

Pas ça. Tout mais pas ça.

 

- Ma vie n’a vraiment rien d’intéressant.

-  Ne dites pas cela, je suis sûr que vous avez plein de choses à m’apprendre. Par exemple comment vous avez décidé, après vos études de médecine, de venir vous installer à Paris comme interprète ?

Ca y était. Il le lui avait demandé. Bien sûr, cela semblait inévitable, mais elle avait espéré malgré tout. Maintenant, il allait falloir trouver quelque chose. Elle détestait le mensonge plus que tout, mais que pouvait-elle faire ? Elle opta pour un compromis.

 

- Très bien. Je n’ai pas fait d’études de médecine. J’ai une formation d’infirmière.

Colin restait silencieux et l’écoutait toujours. Emily hésita puis préféra anticiper la question suivante.

 

- Mon père était très malade. Je l’ai soigné jusqu’à la fin. Quand il n’a plus été là, j’ai décidé de changer de vie.

Ce fut au tour de Colin d’être gêné. Il se contenta donc de répondre une banalité :

 

- Je suis désolé.

Emily lui sourit. Il avait l’air sincère. 

 

- Ecoutez, je vous assure que ma vie n’a aucune importance, ce qui est important, c’est que…

Le bruit de la porte les interrompit. Quelqu’un venait d’entrer. Ils relevèrent la tête. C’était Mélina.

Celle-ci s’excusa et se retira précipitament :

 

- Je ne savais pas que vous étiez occupés. Je vous prie de bien vouloir m’excuser.

Colin la retint.

 

- Attendez Mélina, ce n’est pas du tout ce que vous croyez.

Puis, se tournant vers Emily :

 

- Emily, pouvez-vous vous lever, s’il vous plaît ?

Emily s’exécuta sans comprendre.

 

- Considérez la tenue de cette demoiselle. Est-ce que cela a l’air d’un rendez-vous galant ? Ne soyez donc pas gênée et laissez-nous travailler, à présent.

Mélina se retourna, le visage toujours impassible, sans qu’il soit possible de savoir si les explications de Colin avaient eu un quelconque effet sur elle. Emily, par contre, était furieuse. Colin aurait voulu dire qu’elle était tout de même suffisamment moche pour qu’on ne puisse pas le soupçonner d’être amoureux d’elle, il ne s’y serait pas pris différemment. Et dire qu’elle l’avait trouvé sympathique ! Peu importe, elle avait quelque chose à faire, elle le ferait jusqu’au bout et il se débrouillerait avec toutes ses histoires !

Colin ne s’était aperçu de rien et se contenta de lui dire :

 

- Vous aviez quelque chose d’important à me dire ?

Emily respira profondément et lui demanda :

 

- Les médecins ? Qu’est-ce qu’ils vous ont dit sur les raisons de votre… elle chercha ses mots. Hospitalisation ?

 

- Je ne sais pas, c’était technique. J’ai des analyses à faire, je crois qu’ils pensent à un problème cardiaque. Pourquoi ?

Tout ce qu’Emily craignait. Elle allait être obligée de le faire. Et bien sûr, elle y serait mêlée encore plus.

 

- Ce n’est pas un problème cardiaque. C’est un empoisonnement.

Colin la regardait sans comprendre. Emily insista.

 

- Croyez-moi. Je m’étais spécialisée dans la toxicologie. C’est un empoisonnement. Quelqu’un a voulu vous assassiner.

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Published by @nne(tte) - dans Roman, projets en cours...
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commentaires

coralie 22/11/2009 22:31


oh!!! ça deviens treeeees intéressant!!!!


celine 22/11/2009 20:54


Toujours aussi bien!


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