19 novembre 2009 4 19 /11 /novembre /2009 14:15

Emily essayait de se concentrer sur ce qu’elle était en train de faire. Aujourd’hui, pour une fois, l’aménagement de son appartement ne suffisait pas à lui vider la tête. Elle aurait bien aimé pouvoir se demander si pastis – quel drôle de nom pour une nuance de jaune – ne ferait pas un peu trop jaune dans son séjour, dont les murs étaient déjà peints en jaune – Dieu merci, elle avait oublié la nuance exacte. Cette question l’aurait passionné il y a une semaine encore.

D’ailleurs, c’est ce qui l’avait occupée toute la soirée à son retour du magasin de bricolage. Fallait-il retourner au magasin de bricolage pour l’échanger ? Et si oui, contre quelle couleur ? Valait-il mieux trancher ou alors jouer sur des camaïeux ? Elle aimait se poser ce genre de question, parce que cela voulait dire qu’elle était libre de choisir. Elle était libre de choisir et personne d’autre. Finalement, elle avait conclu qu’on n’avait jamais trop de soleil dans une maison et que tout ce jaune la mettrait de bonne humeur le matin et elle n’avait pas échangé le pot. Mais tout ça, c’était avant.

Elle regarda un instant par la fenêtre. Elle aimait la vue de son appartement. Il était tout petit – en tout et pour tout le séjour avec un coin cuisine, une minuscule chambre avec à peine la place pour un lit et une micro salle de bain – mais la vue sur Paris était splendide. Tous ces toits avec leurs cheminées, cela lui rappelait invariablement Mary Poppins. Elle trouvait cela follement gai. Et puis, on avait un si belle vue sur la Tour Eiffel en se penchant depuis la fenêtre de la salle de bains ! Bien sûr, ce n’était pas précisément le genre de vue qu’elle ferait admirer à ses visiteurs mais cela n’avait pas la moindre importance puisqu’elle n’avait aucun visiteur. Et c’était très bien comme ça.

En vérité, Emily ne pensait plus qu’aux événements de la semaine dernière. D’autant plus qu’elle était au chômage depuis une semaine, son patron étant à l’hôpital, peut-être encore dans un état critique – comment savoir ? – et qu’elle était employée à la journée. Bien sûr, elle ne pouvait pas s’empêcher de se faire un peu de souci – elle était bien obligée de se sentir concernée, elle s’était retrouvée impliquée de près, après tout – mais surtout, elle savait. Elle se demandait si, lui, il avait compris. A condition qu’il ait repris connaissance, bien sûr. Et, sinon, si quelqu’un avait compris.

Dans ce cas, il fallait qu’elle fasse quelque chose. Mais quoi ? En parler, mais à qui ? Elle savait bien qu’il était hors de question d’aller voir la police pour faire une déposition. Impossible. Et elle ne connaissait pas suffisamment son entourage pour savoir à qui faire confiance. Aller le voir à l’hôpital ? Elle ne savait même pas s’il avait repris conscience et, même si elle avait été impliquée de près, elle n’allait tout de même pas le veiller à son chevet jour et nuit en attendant qu’il se réveille ! Sans compter que, même réveillé, il ne serait sans doute pas près à l’entendre.

Emily se ressaisit et plongea son pinceau dans le pot de peinture pastis. Ce que comptait aujourd’hui, c’était de finir la deuxième couche de ce meuble. Après tout, c’était pour ça qu’elle était retournée acheter un pot ce matin, qu’elle avait mis sa « salopette spécial bricolage » - celle qui ne pouvait pas être pire – et qu’elle passait son après-midi avec des planches en travers de son appartement dans le seul endroit qu’elle avait pu dégager pour le faire, sans oublier de le recouvrir consciencieusement de papier journal. Elle se remit donc à peindre avec application.

C’est à ce moment que le téléphone sonna. Le temps de réaliser que c’était vraiment chez elle, de poser le pinceau dans un endroit où il ne pourrait pas faire de dégâts, de retrouver l’emplacement de son téléphone portable et d’y accéder en enjambant les planches, la communication avait déjà basculé sur le répondeur. Ne pouvant plus la récupérer, elle attendit de recevoir le SMS de confirmation – « Vous avez 1 message » ! tiens donc ! – pour consulter sa messagerie. Le numéro appelant ne lui disait rien. Elle fut surprise d’entendre la voix de Mélina.

Le message était très court. Colin avait repris connaissance. Il voulait lui parler. C’était urgent, elle devait venir toutes affaires cessantes.

Urgent. Emily sentit son sang se glacer d’un coup. Le message ne disait rien de l’état de Colin. Si elle avait deviné juste – et elle savait qu’elle avait deviné juste – elle n’avait pas un instant à perdre. Elle risquait même d’arriver trop tard.

Elle attrapa sa veste, son sac et se précipita hors de l’appartement.

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Published by @nne(tte) - dans Roman, projets en cours...
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commentaires

Pédide 05/11/2010 15:51


Tiens, tiens, Emily aime le jaune ? De qui tient-elle ça ? ;-p
Je peux plus m'arrêter!!! Je continue...


Sorcilili 20/11/2009 21:05


Bon ça y est, (oui oui j'ai honte d'avoir mis si longtemps à me poser pour le faire) j'ai lu et... JE VEUX LA SUITTTEEEEEE !!!!!


@nne(tte) 22/11/2009 16:37


Merci d'avoir lu, ne t'en fais pas, je sais que tu es très prise. Et je suis contente que ça te plaise!!!


coralie 20/11/2009 14:53


ça m'intrigue tout ça!!!!!!!! dit donc quand tu écris tu imagine chapitre par chapitre? ou alors tu as déjà tout dans ta tête pour la suite?? parce que ça m'intrigue vraiment!!!!j'aime beaucoup :-)


celine 19/11/2009 20:04


AAAAAAAAHHHH tu peut pas t'arrêter comme ça!!!


@nne(tte) 20/11/2009 07:35


J'adore quand on me demande la suite !!! Je la mets aujourd'hui. ;)


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