30 octobre 2009 5 30 /10 /octobre /2009 09:36

La journée du lendemain ne commença pas bien. Colin se réveilla avec un mal de tête qui n'avait rien à voir avec le champagne qu'il avait bu la veille. D'ailleurs, le champagne ne donne pas mal à la tête, c'est bien connu, plaisanta-t-il. Mais ses plaisanteries ne l'aidaient pas beaucoup ce matin. Comme chaque matin depuis bientôt une semaine, une violente nausée s'ajoutait au mal de tête. Bien sûr, il aurait dû consulter un médecin mais il reculait devant les complications engendrées. Et puis, si les "symptômes" se manifestaient quelques minutes après s'être levé, ils disparaissaient spontanément au cours de la matinée. De l'hypoglycémie, peut-être? Ou un problème de tension? Tout cela était absurde. Il n'était jamais malade ! Cela allait passer tout seul, comme les autres jours.

Ce matin, pourtant, c'était pire. La sensation de nausée empira et il dut se précipiter dans la salle de bains pour vomir. Curieusement, cela ne lui fit aucun bien. Il était glacé et pourtant couvert de sueur. Il se força à boire un peu d'eau - l'eau était bien potable dans ce pays? - et se concentra sur son nœud de cravate.

 

Emily s'impatientait. Son turbulent patron était en retard et ça, ça ne lui ressemblait absolument pas. Ils avaient rendez-vous pour un "petit déjeuner de travail" avec d'importants clients français. Le concept de "petit déjeuner de travail" la laissait perplexe : il y avait donc des gens qui étaient pris à chaque déjeuner et dîner, au point de commencer à travailler dès le café du matin? Qu'allaient-ils pouvoir inventer de plus? Les rendez-vous pendant les transports? "Mon taxi partira à 7h pile, rendez-vous à l'angle des Champs et de l'Avenue Montaigne. Comment ça, on ne peut pas se stationner?" Ou mieux : "Rendez-vous dans le RER A de 7h34 à Auber, direction La Défense. Vous avez jusqu'à Nanterre-Préfecture avant mon prochain rendez-vous." Ou mieux encore : les rendez-vous pyjama de travail. Dans la continuité des soirées de votre enfance ! Emily imaginait tout à fait son patron dans un élégant pyjama écossais - puisqu'il était écossais lui-même, pourquoi pas son pyjama? - et ses invités en charentaises...

Emily poussa un soupir d'exaspération et regarda une nouvelle fois sa montre. Plus d'un quart d'heure de retard ! Tant pis, il l'interpréterait comme il le voudrait, elle montait le chercher dans sa chambre ! Elle n'allait quand même pas passer sa matinée à l'attendre ! À moins qu'il ne le fasse exprès, justement? Il en était bien capable... De toutes façons, il fallait qu'elle fasse quelque chose, sinon elle allait exploser.

Elle appuya rageusement sur le bouton d'appel de l'ascenseur.

 

Colin fut surpris de voir apparaître un visage dans l'embrasure de la porte. Et encore bien plus surpris de reconnaître Emily, l'interprète. Il était donc si en retard que ça? Un regard à la pendulette de la chambre le fit sursauter. C'était la première fois que ses "malaises matinaux" - puisqu'il fallait bien leur donner un nom - avaient une incidence sur le reste de sa vie. Mais pas question de se laisser gagner par l'inquiétude ! Tout ça allait bientôt passer, comme toujours.

Pour se donner une contenance, il lança à Emily :

- Vous avez l'air soucieux. Vous voyez, vous commencez à vous intéresser à moi !

Emily répondit du tac au tac :

- Sûrement pas dans le sens où vous l'entendez ! C'est plutôt pour votre cravate que je me fais du souci. Je n'ai jamais vu un nœud aussi...

Cherchant un terme pour qualifier le cheminement improbable de sa cravate autour de son cou, elle s'avança dans la chambre. Elle s'interrompit en apercevant la valise ouverte sur le lit.

- Depuis combien de temps n'avez-vous pas défait cette valise? Vous avez des souvenirs de Rome, Tokyo... Vous allez encore mal l'interpréter mais il serait temps que vous ayez une femme dans votre vie pour qu'elle vous fasse perdre ces habitudes de célibataire !

Elle releva les yeux vers lui et son visage changea radicalement d'expression. Elle lui saisit brutalement le poignet tout en regardant rapidement autour de lui et lui ordonna :

- Allongez-vous, tout de suite !

Perplexe, Colin ne sut que lui répondre :

- J'ai connu des filles directes, mais vous...

Devant la dureté de son regard, il obtempéra.

- Et je vous interdit de fermer les yeux !

Colin l'entendit téléphoner en français. Elle employait un vocabulaire technique qu'il ne comprenait pas et faisait preuve d'une autorité qu'il n'avait jamais soupçonné. Quand elle raccrocha le téléphone, une douce torpeur l'envahissait. C'était tellement agréable de s'y abandonner...

- Ne fermez pas les yeux !

Il revint tout à coup à lui. Emily lui tenait le poignet et le regardait intensément.

- Votre nom? lui demanda-t-elle.

- C'est idiot, parvint-il à marmonner. Vous savez bien comment...

- Votre nom? insista-t-elle.

Colin renonça à comprendre -il avait trop mal à la tête pour ça - et répondit de manière automatique :

- Colin Wallace.

- Votre date de naissance?

- 18/06/73.

- Lieu de naissance?

- Aberdeen, en Écosse.

Il se sentit obligé d'ajouter :

- Dans la maison familiale. Tous les premiers nés Wallace naissent toujours dans la maison familiale. J'y ai vécu jusqu'à l'âge de 11 ans.

- Où êtes-vous allés à l'école? demanda Emily, mais sa voix s'était adoucie malgré elle.

- Je ne suis pas allé à l'école. Un maître venait m'enseigner. Mes parents trouvaient cela plus convenable. Bien sûr, j'étais assez seul, je ne fréquentais que des adultes, je n'avais pas vraiment d'ami. Ça a été un choc quand je suis arrivé en pension. Il m'a fallu m'adapter, personne n'était comme moi...

Colin ne pouvait plus s'arrêter de parler, à présent. Comme si tout ce qui était au fond de lui remontait d'un coup à la surface. En même temps, il avait l'impression, pas désagréable, que son esprit se détachait doucement de son corps... Avec juste ce discours comme un fil entre les deux. De plus en plus tendu... Mais il fallait encore qu'il lui dise...

Le SAMU entra à ce moment-là et l'ambulance partit sirènes hurlante vers les urgences. À son bord, Colin ne pouvait déjà plus parler du tout.

Partager cet article

Repost 0
Published by @nne(tte) - dans Roman, projets en cours...
commenter cet article

commentaires

celine 09/11/2009 22:24


très beau début maintenant je voudrais bien la suite :)


@nne(tte) 11/11/2009 14:34


Tu es mon premier commentaire, merci !!!
J'adore quand on me demande la suite... Je la mets ce soir. ;)


~ Présentation ~

Le blog à histoires
: Des livres, du tricot, de la couture, de l'aquarelle, des dessins... Bienvenue chez moi !
Contact

~ ~ ~ ~

Abracadacraft, Des idées pour aujourd'hui et pour deux mains

 

~ Rechercher ~

~ En cours ~

Côté tricot...

Côté lecture...

 

Créer un blog gratuit sur overblog.com - Contact - CGU -