19 novembre 2017 7 19 /11 /novembre /2017 11:31

Sur la couverture, elle nous tourne le dos. Les mains croisées derrière elle, la silhouette plus gracile que gracieuse, les cheveux noués par un ruban, un jupon en tulle qui contraste avec le bronze de la statue : quelque chose en elle interpelle, sans qu'on sache bien pourquoi.

Camille Laurens a été fascinée, elle aussi, par La petite danseuse de quatorze ans. Elle est allée rencontrer cette sculpture dans différents musées du monde, elle a vu des œuvres qu'elle avait inspiré, elle a lu sur elle et sur Degas. Et puis elle a écrit.

En commençant ce livre, j'étais persuadée de lire un roman : l'auteur aurait imaginé la vie qu'avait pu avoir le modèle et en aurait fait un roman historique, mêlant coulisses de l'Opéra et vie des impressionnistes.

En réalité, Camille Laurens a fait tout le contraire. Refusant toute fiction, cherchant à être au plus près de la réalité, elle nous fait découvrir le monde des petits rats de l'Opéra de 1880, dans le Palais Garnier qui vient juste d'être construit. Là, les petites filles essaient surtout d'échapper à la misère, dans un destin souvent précaire. Et les riches messieurs s'abonnent à l'Opéra pour y trouver "leur danseuse", avec la complicité de leurs mères.

Elle nous raconte Degas, aussi : que cherche-t-il en représentant cette toute jeune fille ? Et en la réalisant en cire, habillée de vrais vêtements ? Qu'est-ce qui a pu se jouer entre la petite danseuse et l'artiste ? Il y a bien autre chose chez cet artiste que je croyais connaître comme "impressionniste, peintre des danseuses", que je croyais à tort un peu léger ou facile. D'ailleurs, questionnée par ma petite choupinette, j'ai voulu lui expliquer un peu l'impressionnisme, cherché quelques tableaux. Ma miss s'est exclamé : "mais, il était pas impressionniste, Degas ?" De son regard d'enfant, elle avait vu ce que j'avais toujours ignoré et faisait écho au titre d'une exposition doctement commentée par son commissaire. Et moi, je découvrais tout d'un coup une œuvre bien plus riche que je le l'aurais imaginé.

C'est donc un livre qui parle d'art, de l'Opéra, de la société en 1880, de ce que cette sculpture singulière pouvait évoquer en eux, en nous. Et c'est passionnant de bout en bout. Un livre court à lire par petits bouts, à relire peut-être. Et qui donne envie d'aller au musée, d'en apprendre plus et de le partager.

Un livre auquel je ne m'attendais pas et qui est un vrai coup de cœur.

Pour en savoir plus, l'interview de l'auteur sur le site de Stock.

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commentaires

Marie 27/11/2017 11:03

Un peu lyrique ce commentaire, je me suis laissée emporter par mon enthousiasme...
Il faut lire détonne et non dénote :-)

anne(tte) 27/11/2017 22:57

Il est parfait, ton commentaire ! ;) Je me disais aussi que tu avais dû manquer l'article, je me souvenais que tu avais beaucoup aimé ce livre - et je comprends pourquoi. D'ailleurs, c'est un peu toi qui m'a poussée à le lire alors que j'hésitais donc merci beaucoup beaucoup ! ... Je relis ton commentaire et je réalise que je n'ai pas parlé des références à Zola, que j'ai beaucoup apprécié aussi, et puis de cette approche si personnelle de la fin du livre... Il y a tant à dire, sur ce livre...

Marie 26/11/2017 19:03

Je suis venue ici... pour voir... au cas où... Je découvre que je suis trèèèès en retard! Il ne s'est pas inscrit dans les friends' blogs sur Ravelry :-(( et comme je passe par ce biais pour voir tes articles.... je suis trèèèès en retard !
Petite fiche en cours de finition à la maison pour la toute prochaine Pause Lectures de décembre! J'ai beaucoup aimé ce petit livre, lu avec internet à portée de main pour mettre des couleurs et des visages sur les tableaux et les personnes cités. J'ai découvert Degas moi aussi, l’Impressionniste, qui aurait aimé être appelé autrement.
La mise en parallèle de son travail avec de celui de Zola m’a particulièrement intéressée.
Comme toi, j’ai aimé la démarche de Camille Laurens.
J’ai aussi aimé suivre les cheminements de ses pensées, parce que j’ai senti une profonde honnêteté intellectuelle de sa part. Elle n’a de cesse de chercher la vérité.
Il y a aussi cette distance qu’elle s’impose de maintenir avec son sujet, pour lequel elle a, à l’évidence, une profonde sympathie, je dirais même de l’affection.
On en a d’ailleurs la certitude après avoir lu la toute dernière partie, qui dénote, qui étonne dans un tel livre, mais est en même temps si humaine.
Se pencher sur sa vie, la fait se pencher sur la sienne.
Des origines simples, des douleurs tues, que pour la majeure partie d’entre nous, nous avons tous.
Elle découvre la cruauté des registres, leur laconisme cinglant, mais aussi leur précision qui rend les recoupements implacables et dévoilent hontes et secrets de vies difficiles.
Il y a beaucoup de travail dans ce livre.
Ce fut pour moi aussi un excellent moment de lecture, très accessible et très stimulant. Grâce à Camille Laurens, j’ai pu aller beaucoup plus loin que l’apparence et donner un sens à cette œuvre de Degas.
Je finis le deuxième tome de la nouvelle trilogie de A. Indridason, un autre auteur nordique ;-). J’aime beaucoup ! Après, je vais sans doute choisir le dernier livre d'Amélie Nothomb. :-))

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