16 octobre 2017 1 16 /10 /octobre /2017 08:38

En parcourant les sorties de la rentrée littéraire, j'ai été surprise de constater que trois livres au moins parlent de la vie des esclaves noirs aux États-Unis. Coïncidence que je ne m'explique pas et que je vous laisse méditer...

Toujours est-il que j'ai été ravie de découvrir Underground Railroad à la médiathèque. Aussitôt vu, aussitôt emprunté (et passé devant la liste de tous les livres que j'avais prévus de lire). A la lecture, je n'ai pas été déçue.

Le roman nous plonge dans la vie de Cora, une jeune esclave noire qui vit dans la plantation des Randall, en Géorgie. On le sait dès les premières lignes : Cora va tenter de s'enfuir.

"La première fois que Caesar proposa à Cora de s'enfuir vers le Nord, elle dit non. C'était sa grand-mère qui parlait à travers elle."

Un court chapitre nous fait découvrir l'existence de cette grand-mère, qui a connu l'Afrique, la traversée de l'océan dans les navires de traite, les règles subtiles des ventes qui accordent plus de valeur à tel ou tel. Cora porte en elle l'héritage de cette femme mais aussi celui de sa mère, Mabel, seule esclave à avoir réussi à fuir la plantation sans être retrouvée. Elle finit donc par accepter la proposition de Caesar de fuir avec lui grâce à l'Underground Railroad, le chemin de fer clandestin, extraordinaire réseau souterrain de trains et de gares qui convoie les esclaves en fuite vers le Nord et la liberté.

On découvre beaucoup de choses dans ce roman qui a reçu le Prix Pulitzer. Et notamment qu'une fois quitté le Sud, le danger n'est pas terminé. Des chasseurs d'esclaves peuvent aller retrouver les fugitifs jusqu'à New-York ou Boston et les rapporter légalement à leurs propriétaires du Sud, même dans un état qui interdit l'esclavage et malgré les efforts des avocats abolitionnistes.

La fuite de Cora n'est donc que le commencement de l'histoire. A travers son voyage, ce sont les mille facettes du racisme qu'on découvre, celui qui considère les hommes comme des marchandises mais aussi celui qui se cache derrière les bons sentiments. Le noir ne semble presque jamais considéré comme l'égal du blanc et la violence le poursuit où qu'il soit.

L'auteur réussit aussi à nous faire comprendre la manière dont être née esclave influence la personnalité de Cora, sa manière de voir le monde, la difficulté à faire confiance. Et parfois, le point de vue se décale pour nous faire entrer dans la tête d'un chasseur d'esclave, d'une femme blanche pas si généreuse que ça, ou pour nous révéler les secrets de tel ou tel personnage et nous le faire voir sous un jour complètement nouveau. C'est la grande réussite du roman, je trouve, ces personnages complexes, et cette manière de dépeindre les préjugés qui peuvent se manifester de manières si différentes.

C'est un roman prenant, agréable à lire. Un roman sombre aussi, où l'espoir est souvent trahi et où la cruauté resurgit toujours quand on se croit à l'abri. Un roman qui donne envie d'en savoir plus, forcément, alors je partage avec vous une interview de l'auteur (sur le site d'Albin Michel).

Colson Whitehead raconte ainsi que quand on entend parler pour la première fois de l'Underground railroad, quand on est enfant, on imagine des chemins de fer souterrains, un peu comme le métro. En réalité, il s'agissait d'un réseau de passeurs qui convoyait les fugitifs en chariot. C'est cette idée fausse que l'auteur a choisie comme point de départ du roman - le chemin de fer souterrain est donc à comprendre comme une figure de style qui met en scène la complexité du travail réalisé par ces hommes et ces femmes au péril de leur vie.

J'avoue que j'ai été un peu déconcertée de l'apprendre - il aurait pu le dire dans le roman, au moins à la fin en épilogue ? J'avais trouvé ça incroyable à la lecture mais la réalité est parfois invraisemblable et puis, j'étais persuadée que le Prix Pullitzer ne pouvait récompenser qu'un livre parfaitement fidèle à la réalité. Au temps pour moi... Finalement, après m'être sentie un peu bête de "m'y être fait prendre", je trouve ce parti pris plutôt pertinent.

On sent à écouter l'auteur que c'est un roman engagé, qui dénonce aussi l'image et la place des noirs dans la société américaine d'aujourd'hui. Et là, je repense à cette coïncidence dont je vous parlais en début d'article : qu'est-ce que dit de nous, de notre monde, cette actualité du thème de l'esclavage ? Un coïncidence qui n'est peut-être pas tout à fait une coïncidence ?

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Si vous avez envie d'en savoir plus sur ce livre, vous pouvez découvrir ses premières pages sur le site d'Albin Michel, ou même les écouter lues par le comédien Bernard Gabay.

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commentaires

Marie 18/10/2017 22:01

Moi qui cherchais quoi lire parmi tous les livres qui sortent en ce moment!
Le livre est sur le présentoir de la bibliothèque. J'observais la couverture et me disais qu'elle était impressionnante. Ce que tu en dis donne envie d'aller plus loin.
Je venais juste de télécharger un extrait de La petite danseuse de quatorze ans sur ma liseuse pour voir si ça me plaisait. Moi aussi je profite de ces petits bonus. ;-)

anne(tte) 19/10/2017 08:08

Oh, tu sais que "La petite danseuse de quatorze ans" fait partie des titres que j'ai repérés dans la rentrée littéraire ? Tu me diras si c'est bien ?
Je suis complètement d'accord avec toi sur la couverture - c'est même dommage que le bandeau des prix en cache une partie (et sur la version numérique, tu peux pas l'enlever :P ).

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