19 décembre 2016 1 19 /12 /décembre /2016 10:49

Je dois être un peu schizophrène. C'est ce que j'ai découvert en lisant ce roman : il y a deux parties de moi-même. Une partie qui l'a trouvé si original, sensible, ses descriptions si justes, ses personnages si vrais... et une autre partie qui s'est agacée, a pesté, râlé au fil de la lecture - en en faisant (un peu) profiter son entourage.

Avec persévérance (voire obstination), j'en suis enfin venue à bout. Au final, je suis contente de l'avoir lu, et je suis bien obligée d'admettre que c'est un livre dont je vais me souvenir longtemps - d'ailleurs, il est rare que mon mari profite du récit de ma lecture au fur et à mesure, que je lui raconte tel ou tel passage... ça n'était pas arrivé depuis Faillir être flingué (qui lui était un grand coup de cœur). Une chose est donc claire : voici un roman tout sauf anodin.

Au cas où vous hésiteriez à vous lancer dans l'aventure... je vous explique quand même un peu. ;)

Au commencement du septième jour est un livre qui repose sur des partis pris forts (peut-être est-ce le cas des autres livres de Luc Lang, mais c'était le premier que je lisais). Il fait le choix d'une écriture qu'on pourrait qualifier de "moderne" : pas de tirets pour indiquer les dialogues, qui sont parfois "intégrés aux paragraphes" (on arrive à suivre, mais ça demande un peu d'attention parfois), les phrases ne se terminent pas toujours par des points, les flashbacks s'intègrent dans le récit (on est dans les Pyrénées pour Noël, tout d'un coup c'est l'été, on comprend qu'il s'agit d'un souvenir, et quand Thomas marche dans la neige, on saisit qu'on est revenu au présent). Disons que le roman est exigeant avec son lecteur.

L'autre parti pris (et la partie de moi-même qui s'intéresse à comment sont construites les histoires, adore), c'est de se focaliser sur des moments "entre deux" : pas ceux où "il se passe des choses" mais ce qui arrive juste avant ou juste après, comment les personnages font face, comment ils évoluent, se reconstruisent. J'adore cette idée... mais ça demande un petit effort du lecteur là encore. On change de chapitre, on est dans la description de la préparation du repas (par exemple), et on découvre "en passant" qu'un des personnages principaux est mort. Luc Lang aurait pu nous raconter le décès, l'enterrement... eh non. C'est la visite au cimetière qui nous l'apprendra. A nous de combler les trous ("euh, elle est morte ? ça fait longtemps ? il y a quoi, d'écrit, sur la tombe ? il s'est passé... 6 mois ? un an ?"). Je ne sais pas comment font les autres mais moi, Luc Lang m'a perdue deux ou trois fois. Et j'ai failli craquer au début du livre 3 ("mais il est où, là ? en Afrique ? mais qu'est-ce qu'il fait en Afrique ???" puis retour en arrière pour essayer de retrouver si sa sœur est bien en Afrique et si oui, dans quel pays.. enfin, vous voyez).

Et là, quand j'en avais marre... il y avait un petit moment de grâce et je me disais que si, finalement, il était tellement bien écrit, ce livre.

Vous l'aurez deviné, à la fin du livre, on n'aura pas toutes les réponses (je ne vous raconte pas la fin mais disons que je me souviendrai longtemps des dernières phrases... si vous le lisez, vous comprendrez ;) ). Il y aura bien un secret de famille révélé (que j'avais vu venir à des kilomètres, là, pour le coup) mais il restera des zones d'ombres. De même que le cheminement de Thomas, le personnage principal, face à l'accident puis au décès de sa femme, à son propre passé, est loin d'être une démonstration, une réponse indiquant comment faire face. Il ne vaut que parce qu'il a quelque chose de vrai, de personnel.

A travers ces exemples de personnages, et son tableau si impitoyable d'un monde du travail non moins impitoyable (et de l'aveuglement de certains face à leur rôle dans la construction de ce monde impitoyable), le livre sonne très vrai aussi. De même que les petits moments de grâce des descriptions, donc, ces petites scènes du quotidien qui veulent dire beaucoup sur les sentiments ou la personnalité des personnages.

Je pourrai donc dire que c'est un très beau livre, bien écrit, original et juste. Et je pourrai aussi dire qu'il est difficile à suivre et que finalement, aller à la ligne et mettre des tirets pour les dialogues, c'est tellement conventionnel mais ça se lit tellement mieux aussi.

Au final... je ne sais pas trop. Je suis contente de l'avoir lu mais disons que je le conseillerai "avec les avertissements d'usage".

... surtout, si vous le lisez, vous me dites, je suis très curieuse de connaître votre sentiment. Parce que jusqu'ici, j'ai lu que ce roman était un "page-turner" et là, aucune des deux parties de moi-même ne peut être d'accord !

 

Première lecture du Challenge 1% Rentrée littéraire.

Défi perso : Je lis la rentrée littéraire à la bibliothèque.

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commentaires

Marie 19/12/2016 19:54

Schizophrène, je ne sais pas ;-) pro oui. :-)
Ça m'arrive de ne pas finir un livre... Je commence un tout petit peu à me corriger.
Quand c'est difficile, et qu'il existe! l'audio-livre m'offre une façon de "contourner le problème".
Livre sans ponctuation, j'en ai déjà lu un, la narration s'y prêtait, mémoires de porc épic.
Bon défi!

anne(tte) 19/12/2016 20:09

Merci ! :) Je retiens "Mémoires de porc épic"... et euh... je suis pas sûre de m'y frotter tout de suite. :P

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